Au menu du jour, de toute cette fin de semaine, les chiffres de la croissance du PIB (+ 0.5 % au deuxième trimestre) publiés mercredi. Alors la France sort de la récession ?

Statistiquement, oui, il y a bien un rebond. Les chiffres du PIB français et les statistiques sur la croissance dans la zone euro sont une indiscutable bonne nouvelle. Même une divine surprise, pour l’économie, et côté politique pour l’Elysée, Matignon et Bercy. L’idée, chère à François Hollande, que "Quelque chose se passe dans l’économie", prend un peu plus corps.

Mais sans être rabat-joie, il faut tout de même ramener les choses à leur juste proportion. Voir certes le verre à moitié plein et se féliciter : oui, même si on sentait une reprise se préciser depuis quelque temps, ces chiffres sont bien supérieurs aux prévisions de l’Insee ou de la Banque de France. On ajoutera même d’autres indicateurs encourageants : l’investissement est moins dans le rouge qu’en début d’année, le production totale de biens et de services a augmenté de 0,9 % au deuxième trimestre après avoir été étale au précédent, le commerce extérieur connaît une reprise. Mais il faut aussi voir ce verre à moitié vide et reconnaître que, pour le PIB, une partie de cette bonne surprise est liée à des phénomènes purement conjoncturels au printemps dernier.

Toute la question est de savoir si cela va durer… Quand vous parlez de phénomènes conjoncturels, sous-entendez-vous que non ?

J’indique juste que nous n’en savons rien. La seule chose claire est que, comme l’indique l’Insee, cette reprise au deuxième trimestre correspond à une hausse de la demande intérieure tirée par la consommation des ménages, avec par exemple plus d’achats d’automobiles ou encore quelque chose de très saisonnier qui vous rappellera des souvenirs : des dépenses d’énergies "favorisées par des températures de nouveau inférieures aux normales saisonnières." Bref, pas grand-chose de pérenne, qui nous mette à l’abri d’aléas aboutissant à une croissance annuelle quasi nulle comme celle "entre -0.1 et +0.1 %" encore évoquée ce week-end par Pierre Moscovici, avant qu’il ne rentre dans le rang de l’optimisme gouvernemental. La suite ? Un certain nombre d’indicateurs, comme les carnets de commandes des entreprises, augurent d’un troisième trimestre plutôt mou. Et pour la fin d’année, c’est la bouteille à l’encre. Qu’en sera-t-il de la consommation des ménages quand nous aurons tous reçu nos avis d’imposition, en hausse sur l’an dernier, et des factures EDF avec les tarifs majorés ?

Que cela préfigure-t-il sur le front de l’emploi, pour la fameuse inversion de la courbe du chômage dont le gouvernement a fait une priorité ?

Là aussi, trop tôt pour se réjouir. En chiffres, l’ INSEE a soufflé le chaud et le froid hier puisque, en même temps que la croissance, elle a annoncé la destruction de 30 000 postes de travail entre avril et juin. En clair, on est encore loin du moment où le rebond de l’économie changera la donne du chômage. La suite, là encore ? Il est probable que le gouvernement enregistrera d’ici la fin de l’année des nouvelles positives grâce aux contrats aidés redynamisés à travers les emplois d’avenir notamment. Mais pour que les entreprises recréent durablement des emplois, il faudra autre chose. Déjà que la confiance des dirigeants d’entreprise soit assez stabilisée pour que l’investissement repasse durablement dans le vert. Cela réclame toujours une clarification de l’horizon fiscal, l’assainissement des finances publiques. Et cela signifie l’exécutif sera bien sous contrainte quand en rentrant de vacances il va se lancer dans le marathon du budget 2014.

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