Jean-Marc Vittori, du quotidien Les Echos

Le gouvernement avait préparé le terrain : croissance nulle au deuxième trimestre. Qu’est-ce que ça veut dire ? Tout simplement que la France est à l’arrêt. Panne sèche. Croissance nulle sur un semestre et sur un an, troisième année de suite à moins de 1% : c’est sans précédent depuis plus d’un siècle. Pour les Français, cela signifie que le revenu par tête diminue, car la population continue d’augmenter. Et pour le président des Français, c’est un coup dur. Depuis son élection, François Hollande ne cessait de proclamer que la reprise était au coin de la rue. Au début de l’année, il avait bon espoir, car trois freins s’étaient desserrés. D’abord, les pays du sud de l’Europe relâchent un peu une rigueur étouffante, car ils ont rééquilibré leurs comptes extérieurs après le refus brutal des investisseurs de leur prêter de l’argent. Ensuite, la politique budgétaire française pèse moins sur l’activité. Le gros des hausses d’impôts, c’était en 2012-2013.Enfin, le gouvernement a cessé de taper verbalement sur les entreprises, ce qui ne les incitait pas à investir. Mais trois freins desserrés n’ont jamais fait redémarrer une voiture. D’où vient cette panne sans précédent ? La crise financière de ces dernières années a masqué trois autres crises. La première crise vient de la politique : c’est la construction bancale de la zone euro, avec une union monétaire sans union budgétaire. L’argent ne circule pas entre les pays et ça bloque la reprise, comme on le voit aujourd’hui. La deuxième crise est économique, et elle aussi européenne. Le continent a une démographie qui le plombe, avec de moins en moins d’actifs pour payer de plus en plus de retraites. Et sa production par tête, la productivité comme disent les experts, n’augmente presque plus. La troisième crise, en revanche, est française. Une rupture s’est produite au début des années 2000. Le moteur tourne moins bien. On le voit dans la part de marché de la France, dans les gains de productivité. Comme si le pays était au bout d’une logique, comme s’il s’était épuisé à avancer malgré un fardeau fiscal et réglementaire toujours plus lourd. Mais on n’a pas encore d’explications vraiment convaincantes de cette rupture qui apparaît maintenant au grand jour.

Vous évoquiez François Hollande. Quelles sont les conséquences de cette panne pour son action ? C’est très dur, car le président se trouve incapable de tenir les deux grands engagements économiques qu’il a pris. Impossible de contenir le déficit budgétaire, comme promis à Bruxelles et à nos voisins. Impossible d’inverser la courbe du chômage, malgré les milliards investis dans les emplois aidés. Pour relancer la machine, il faudrait faire de grandes enjambées sur la voie des réformes. Le président le sait bien, mais il n’a fait que de tout petits pas. Il a joué la carte Manuel Valls, mais le Premier ministre semble déjà enlisé dans le marais de la vie politique parisienne comme le montre son pédalage dans le chantier essentiel du découpage administratif. L’automne va sans doute être éprouvant pour lui. Le quinquennat Sarkozy avait été celui de la fébrilité stérile. Le quinquennat Hollande risque d’être celui de l’impuissance terrible.

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