L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». _____C'est un sujet a l’air très pointu et loin de nous. En fait, pas du tout, c’est un sujet très politique, il ouvre un débat qui va revenir au cours des prochains mois. De quoi s’agit-il ? Goldman Sachs est LA référence dans le monde entier dans le domaine des banques d’affaires, celles qui investissent et montent des opérations entre entreprises. C’est la seule ou presque qui est restée indépendante dans la crise. Eh bien, Goldman Sachs a annoncé deux choses dans la nuit de lundi à hier : un bénéfice de près de deux milliards de dollars pour le premier trimestre, bien plus que prévu, et sa volonté de rembourser très vite l’Etat américain qui lui a prêté de l’argent au plus fort de la tempête, à l’automne. La banque se dit prête à rembourser 10 milliards de dollars au contribuable américain. C’est une nouvelle disons troublante, c’est cela qui est intéressant. Il est bien sûr rassurant de voir qu’une grande banque américaine a confiance dans l’avenir, même s’il ne faut surtout pas généraliser à l’ensemble du secteur. Mais pourquoi Goldman Sachs a-t-elle levé des fonds, au risque de diluer un peu ses actionnaires actuels ? Pourquoi cette précipitation à rembourser l’Etat ? Pour une raison simple : pour dire au gouvernement, laissez-moi vivre ! Et notamment, principalement, sur un point : la rémunération des dirigeants. La banque veut recouvrer sa liberté pour payer ses opérateurs. Près de 1.000 d’entre eux ont touché plus d’un million de dollars l’an dernier. Elle veut se dégager des règles imposées par le Trésor., pour vérifier l'adage selon lequel celui qui paie ses dettes s'enrichit. Et donc, la question derrière est : le rêve de certains acteurs économiques, au fond, est-il de revenir au monde d’avant, d’avant la crise, comme si rien ne s’était passé ? Eh bien, c’est possible et ce serait choquant de la part des acteurs financiers. Alors, ne crions pas tout de suite que la banque est immorale, qu’elle fait un pied de nez aux autorités fédérales, aux contribuables. Elle, elle veut attirer les meilleurs pour rester numéro un. Mais c’est vrai que le soupçon est là. Si le message est : tout va recommencer, les profits maximum pour la banque, les bonus maximum pour des banquiers cupides, greedy en anglais, ce n’est pas audible. Si l’idée est de profiter du fait que les gardes fous sur la rémunération des traders ou la régulation des banques aux Etats-Unis ne sont pas encore en place, ce n’est pas audible. Pourquoi ? Parce que les mêmes erreurs peuvent conduire à la même impasse. Encore une fois, ne prêtons pas trop à Goldman Sachs, qui n’est pas la plus coupable, mais attention.Tout cela est très politique pour trois raisons. 1 – On en revient toujours au débat sur les causes de la crise pour dessiner l’après. Aux Etats-Unis, les libéraux montrent du doigt les Etats, qui n’ont pas surveillé ou ont facilité le crédit facile. En Europe, on pointe aussi les acteurs. Vieux débat entre la responsabilité du chauffard et celle du policier qui n’a pas placé de radar. 2 – Si Goldman Sachs fait des émules, c’est un énorme défi pour les belles intentions du G20 et la réforme du capitalisme dont rêvent les européens. 3 – Il faut savoir qu’un certain nombre de conseillers importants de Barack Obama viennent de chez Goldman Sachs. Vous voyez que si on considère que la sortie de la crise se jouera aussi sur les comportements, le sujet est, au fond, très politique.

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