Renault entame la vente du Duster, le 4.4 de sa filiale Dacia, qui produit la fameuse Logan... Quel est l’enjeu économique de ce nouveau modèle, Jean-Marc ?C'est de faire une voiture hybride. Pas une hybride essence-électrique, c'est devenu trop banal. Mais une hybride à la fois low cost et 4x4. Jusqu'à présent, c'était deux univers aux antipodes l'un de l'autre. D'un côté, il y avait la petite voiture pas chère. De l'autre, les gros 4x4 vendus à prix d'or et des marges conséquentes. Le Duster est juste entre les deux. Avec une grosse caisse mais un prix de vente qui commence à moins de 12.000 euros et qui va jusqu'à 19.000 euros pour le modèle haut de gamme. Ca fait moitié moins cher que les concurrents de taille à peu près semblable. Comment font Renault et Dacia pour arriver à des prix si bas ? C'est là que ça commence à devenir vraiment intéressant. La Duster est un drôle d'assemblage. Elle a le pare-brise de la Sandero, le plafonnier de la Mégane, le moteur de la Logan et puis un petit klaxon acheté en Inde. A en croire les experts, il fait le même bruit que celui de feue la 4L - une voiture que vous n'avez sans doute même pas connue, Nicolas. Mais ça ne suffit pas à faire assez baisser le prix. Si la voiture a commencé à être conçue au technocentre de Guyancourt, son développement a été achevé en Roumanie. Et puis elle est construite là-bas. C'est évidemment contraire à l'exigence du ministre de l'industrie Christian Estrosi que les voitures vendues en France soient fabriquées en France. Mais la décision a été prise avant l'oukase ministériel et de toute façon cet oukase ne tient pas la route, ce qui est ennuyeux quand on parle de voiture. Cette Duster aura-t-elle du succès en France?A priori elle est conçue pour être mondiale. Je ne suis pas sûre qu'elle ferait un tabac aux Etats-Unis, où son nom veut dire « chiffon à poussière ». Mais Dacia prévoit de la vendre surtout en Afrique et en Europe. Difficile de savoir ce qu'elle donnera en France, sur un marché morose pour cause de fin de prime à la casse. D'un côté, le 4x4 semble un peu passé de mode. De l'autre, le Duster est une grosse voiture pas chère. Et puis vous savez, la première Dacia, la fameuse Logan, était destinée aux pays émergents et elle se vend très bien chez nous. Même des bobos l'ont adoptée parce que le sac de golf tient dans le coffre. Signe des temps de crise, Dacia est d'ailleurs devenue le mois dernier la quatrième marque la plus immatriculée en France, derrière Renault, Peugeot et Citroën, mais devant l'Allemand Volkswagen. Pour Renault, quel est l'enjeu de la Duster ?La firme de Carlos Ghosn cherche à consolider ses positions sur le low cost. C'est son premier grand enjeu, au-delà de la réussite des modèles plus classiques. Elle en a deux autres pour le moment: l'innovation avec la voiture tout-électrique - quatre modèles doivent être lancés d'ici à 2012. Et puis le partenariat avec l'allemand Daimler. Il manque cruellement un quatrième volet à cette politique ambitieuse de développement: réussir enfin à s'implanter sur le haut de gamme, qui rapporte beaucoup en termes d'image et de marge. Mais après tout, certaines voitures marchent très bien avec des moteurs à trois cylindres.

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.