Ce matin : l’entreprise franco-américaine Alcatel-Lucent rachetée par la finlandaise Nokia. Deux questions : est-ce une surprise ? Est-ce une bonne nouvelle ?

Ce n’est pas une surprise pour ceux qui suivent le secteur des télécoms ; et c’est plutôt une bonne nouvelle. Mais à condition de s’entendre sur le sens du mot bonne nouvelle. Voir une entreprise en partie française passer sous pavillon étranger ne fait a priori pas plaisir. Oui, mais Alcatel n’avait apparemment pas le choix. Le risque était tout simplement qu’elle continue de s’amaigrir et ne trouve pas sa place au soleil. Après, on n’est pas obligé de croire à la communication officielle, qui est que les deux entreprises vont accoucher un Airbus des télécoms, un groupe européen face aux concurrents. Avec un rachat, évitons les cocoricos. Mais Alcatel devait trouver une solution.

Un mot quand même pour dire ce que fabrique Alcatel ?

C’est un équipementier télécom. Alcatel ne fabrique pas de téléphones portables, mais les matériels très techniques qui transportent la voix, les données etc. C’est un spécialiste des réseaux IP (Internet Protocol), du haut débit et du cloud. C’est un métier d’ingénieurs très qualifiés.

Mais l’histoire d’Alcatel, c’est une suite de déceptions.

Oui, grandeur et décadence. Il y a vingt ans, Alcatel-Alsthom, c'était le 3ème groupe industriel français, derrière Elf Aquitaine et Renault. Et puis les activités ont été séparées, Alcatel s’est centré sur les télécoms, et un patron nommé Serge Tchuruk s’est mis en tête que l’avenir, c’était les entreprises sans usine. On en parle encore – et pas en bien ! Mais le vrai échec d’Alcatel, c’est d’avoir raté le virage du mobile ... quand même ! Il y a dix ans, c’est la fusion avec l’américain Lucent pour faire un champion, mais là non plus, ça ne marche pas. Aujourd’hui, le groupe compte 66.000 salariés dont 6.000 en France.

Et Nokia, c’est un bon partenaire ?

A une époque, tout le monde a eu un téléphone Nokia dans sa poche. Mais, lui, il a raté un autre virage : les smartphones –Internet sur les téléphones- et les écrans tactiles ... Mais il a rebondi. Sur le papier, Nokia-Alcatel-Lucent pourrait devenir le numéro mondial devant le suédois Ericsson et le chinois Huawei. Dans ce domaine, les révolutions technologiques dont nous bénéficions en tant que consommateurs rebattent les cartes industrielles en permanence. C’est pour cela qu’il faut être prudent sur le succès de cette opération.

Au total, cela fait beaucoup de rachats d’entreprises françaises par des groupes étrangers.

Oui. En un an, la branche énergie d’Alstom a été reprise par General Electric et, donc, Alcatel va devenir finlandais. Des chinois ont racheté le Club Med et la fusion dans le ciment entre Lafarge et le suisse Holcim penche du côté suisse. Cela fonctionne aussi dans l’autre sens. Renault contrôle Nissan, Air France, KLM et Vivendi, Universal. Mais c’est déjà plus ancien. Disons que ces dernières années, le redressement productif, on ne l’a pas vu ailleurs que dans l’intitulé d’un éphémère ministère.

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