La question fiscale sera forcément centrale dans le discours d'E Macron cette semaine. Les prélèvements ont pour la 1ère fois de notre histoire dépassé les 45% du PIB. Si la baisse des prix découlant de la mondialisation a longtemps rendu indolore cette hausse, ce n'est plus le cas.

Elle sera centrale parce que tout simplement le niveau des prélèvements obligatoires n’a jamais été aussi élevé que ces dernières années et que manifestement cela est mal supporté. Dans les années 60, le taux de prélèvements sociaux et fiscaux a passé la barre des 30% du produit intérieur brut, et il est resté entre 30 et 40% jusqu’en 1982. 

A cette date, il a franchi le seuil des 40%. Pendant les trente-cinq années suivantes, il a doucement progressé. Et en 2017 et 2018, il est passé au-dessus de 45%. Il y a donc quelque chose de nouveau, surtout d’ailleurs pour les ménages. 

Il y a quelques semaines, l’OFCE a calculé comment s’est répartie cette hausse des prélèvements entre les ménages et les entreprises depuis 1995. Ce sont les premiers qui ont pris le vent de face, l’effort s’est porté très nettement sur leurs épaules. Pour les entreprises, il y a une baisse, pas considérable mais réelle. 

Quelle lecture macro-économique peut-on faire de cette évolution ? Il y en a en réalité deux. 

-La première est qu’en face de ces impôts et des cotisations, il y a des services (de santé, de retraite, d’éducation etc.). Tout le monde en a conscience, bien sûr, mais manifestement, il y a une interrogation sur la qualité du service rendu (où va l’argent ?), sur la répartition de la charge (est-ce juste ?) et le reste "pour vivre".

-La seconde lecture est plus globale. Pendant des années, la hausse des prélèvements a été relativement -relativement- indolore parce que la mondialisation a fait baisser les prix de consommation courante, avec des biens de consommation venus d’Asie, mais aussi d’Europe plus ou moins lointaine. Il y avait des vases communicants et la mondialisation a financé les dépenses publiques. Ce phénomène est stoppé parce que les salaires montent en Asie et que les prix immobiliers paralysent le pouvoir d’achat. 

Voilà pourquoi, je crois, les racines profondes du ras le bol fiscal.

Mais la suppression de l’ISF ne l’a-t-elle pas renforcé ? Cela a pu jouer psychologiquement et politiquement, mais il faut remettre économiquement l’église au milieu du village. Les mesures favorables au capital représentent 0,2 point de produit intérieur brut, de PIB, un ... vingtième de la montée des prélèvements depuis la crise financière de 2009. 

Au total, on saura ce soir si Emmanuel Macron donne un coup de fouet aux baisses d'impôt quitte à dégrader le déficit public, et tant pis pour l'Allemagne qui ne fait aucun effort pour répondre aux appels de Paris sur l'Europe.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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