La guerre est ouverte entre les commerçants et les propriétaires de leurs murs. L'image des (gentils) David face à (méchant) Goliath est facile, mais les bailleurs font peu d'effort pour qu'on les défende.

C’est chaque jour plus visible : les milieux économiques commencent à se déchirer entre eux.

On regarde beaucoup ce que fait le gouvernement pour aider l’économie dans cette période difficile : la collectivité met 110 milliards d’euros sur la table parce que l’on devine que la récession pourrait aller jusqu’à 10%. Mais on le sait aussi, l’Etat ne peut pas tout, et les tensions montent entre les entreprises. Entre banques et clients sur les lignes de crédit de trésorerie. Entre assureurs et clients, qui pensaient avoir droit à une indemnisation. Et entre commerçants et bailleurs, les propriétaires des magasins. 

C’est là que le torchon brûle le plus et de la façon la plus visible. Ce matin, une grosse centaine d’enseignes publient un appel dans Les Echos pour dénoncer l’attitude des propriétaires de leurs murs, ceux que l’on appelle les foncières. Parce qu’ils n’encaissent plus un euro de chiffre d’affaires, Alain Afflelou, Camaieu, Fnac Darty, Sport 2000, Eram etc., exigent l’annulation des loyers depuis la mi-mars et jusqu’à leur réouverture. 

A eux tous, ils pèsent 2 millions et demi d’emplois dans 400.000 points de vente et ils sont face à des fonds financiers, disent-ils, qui encaissent de gros loyers et redistribuent beaucoup de dividendes. Le patron d’Etam (c’est de la lingerie) explique : huit boutiques sur ses 1.400 dans le monde sont ouvertes, donc la catastrophe est proche. Dans son collimateur : des groupes qui contrôlent des centres commerciaux, comme Unibail-Rodamco et Klépierre, qui emploient quelques centaines de personnes au maximum.

Qui a raison ?

Clairement, ces foncières, ont -pour reprendre un mot de cinéma- ont de belles … têtes de vainqueur. Elles sont inconnues et anonymes, avec des gros dividendes : le profil parfait de coupables. 

Bon à leur décharge, leur statut juridique et fiscal, qui fonctionne sur de la dette, explique les dividendes. Disons aussi qu’elles étalent les loyers des petits magasins, qu’elles ne possèdent qu’une infime partie d’entre eux et que les grosses enseignes ne sont pas si pauvres qu’elles le disent. OK. 

Sauf que quand il y a une crise de ce type, le coût doit être partagé, les plus riches entreprises doivent aider celles menacées de faillite. Un certain nombre d’acteurs économiques n’ont pas compris cela et font comme si de rien n’était. 

Au total, ce vent de révolte est compréhensible et sans doute légitime.

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