L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». __Trois mois pile aujourd’hui que la banque d’affaires Lehman Brothers a fait faillite. Trois mois de crise. Qu’en a-t-on appris ? C’est le 15 septembre que cette grande banque américaine a fait faillite sans que l’administration américaine n’intervienne au début, parce qu’elle voulait faire un exemple. C’était une mauvaise décision, on l’a su très vite, parce que ça a été l’étincelle qui a déclenché l’incendie du système financier mondial. Un incendie qui touche maintenant toute l’économie avec des pompiers qui ne savent plus où donner de la tête. Trois mois après, où en est-on ? On sait que la crise est majeure, qu’elle est mondiale, qu’elle est morale et qu’elle est, même si c’est plus étonnant, médiatique. Elle est donc d’abord, majeure et mondiale. Ce n’est même plus discuté. La crise actuelle ne ressemble pas aux précédentes. Jusqu’à maintenant, les ralentissements avaient touché les ménages ou les entreprises, l’immobilier ou les nouvelles technologies, l’Asie mais pas le reste du monde, l’Europe mais pas les Etats-Unis. Cette fois, parce que le crédit en est le cœur, la quasi-totalité des agents économiques sont touchés, les emprunteurs comme les prêteurs, les PME comme le CAC 40. Tous les actifs à risque, immobilier, actions, matières premières sont atteints. Enfin, l’idée du découplage entre pays riches et pays émergents se révèle fausse. Tout ça, on ne le savait pas encore, on le sait maintenant. Crise, aussi, morale et médiatique. Morale bien sûr. Les bonus extravagants des banquiers américains le prouvaient. Le scandale Madoff, qui a fait la Une aux Etats-Unis ce week-end, le confirme. Bernard Madoff, financier qui a trompé et ruiné ses clients en détournant peut-être 50 milliards de dollars était une figure respectée, ancien patron du Nasdaq, la bourse des valeurs technologiques. C’est le scandale de trop d’un Wall Street obnubilé par le profit de court terme. De Kerviel à Madoff, il ne faut pas s’étonner que la confiance ait disparu. Et puis la crise est médiatique. Ce n’est pas tant que la radio, les journaux, la télévision noircissent le tableau. Ils racontent la réalité. En revanche, parce que la crise touche par vagues successives la finance, l’immobilier, l’industrie, elle occupe tout le terrain et fournit surtout sans cesse des images et des sons nouveaux, médiatiques. Cela pèse sur le moral. En trois mois, il s’est quand même passé des choses positives. Il y a le contre-choc pétrolier, un allié si les pays producteurs ne font pas remonter les prix. Et puis il y a la mobilisation des gouvernements. Personne n’aurait pu imaginer un retour pareil du politique en seulement cent jours. De ce point de vue, la présidence française aura sans doute été la meilleure présidence française depuis vingt ans. L’arrivée d’Obama va déplacer les regards vers l’Amérique, qui est le nœud du problème, tandis que l’Europe, avec la présidence tchèque, tombe mal. Ce qui est frappant, c’est que la plupart des pays ont décidé de soutenir l’activité avec le même levier, celui des investissements, des grands travaux, des routes, d’Internet, c’est le seul le levier disponible. On parle de 1.000 milliards de dollars aux Etats-Unis, ce serait le plan le plus important depuis 50 ans. Avec tout ça, on souffle dans la prochaine bulle, celle de l’endettement public. Mais il est trop tôt pour en parler !

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