Après deux mois et demi de débats, le projet de loi de Finances pour 2011 va être adopté définitivement aujourd’hui par le Parlement. Au fond, que retiendra-t-on de ce Budget ?

La tentation, le premier réflexe, serait de retenir une chose : les passes d’armes entre le Gouvernement et le Parlement. Sur la taxe Google, sur l’ISF, sur quelques dépenses, les députés et les sénateurs ont montré qu’ils peuvent parfois imposer (un peu, pas beaucoup) leur point de vue à l’exécutif et qu’ils peuvent aussi (surtout en fait) avaler des couleuvres. Tout cela a fait du bruit, mais ce n’est au fond pas l’essentiel. Ce qui restera de ce Budget 2011, c’est qu’il est sans doute économiquement raisonnable, mais que la question posée est de savoir s’il n’est pas financièrement déraisonnable. S’il n’y a pas un télescopage entre deux logiques, celle de l’économie, qui l’applaudit, et celle du redressement des comptes, qui le trouve insuffisant. Poser la question, c’est un peu y répondre !

Sur le plan économique, le texte de François Baroin recueille les suffrages. Dans la conjoncture actuelle, incertaine, morose, les économistes, libéraux comme keynésiens, estiment que ce Budget est un bon compromis. Il évite de casser la reprise tout en envoyant des signaux de rigueur aux marchés financiers. Bref, il ménage la chèvre et le chou. La baisse des déficits est forte, de 7,7% à 6% du PIB entre 2010 et 2011 ; mais elle est acquise surtout grâce à la fin du plan de relance, en fait pour les trois quarts mécanique. Tout ça est habile, «intelligent», approuvent même les très keynésiens économistes de l’OFCE, d’habitude très critiques pour le gouvernement. Voilà pour le diagnostic économique.

Mais il y en a un autre, moins favorable ?

Oui. La question est : la copie est-elle à la hauteur de la dégradation de la situation des finances publiques ? Une situation qu’un seul chiffre suffit à résumer : entre 2007 et la fin de l’année prochaine, la dette publique aura gonflée de près de 500 milliards d’euros. Or, ce qui frappe dans ce budget, sans doute plus rigoureux que les précédents, c’est néanmoins qu’il n’a provoqué, suscité, pratiquement aucun cri. Et peu de protestations. Ce n’est pas un objectif en soi, le modèle n’est ni l’Irlande, ni l’Espagne ni la Grande-Bretagne (la situation est meilleure ici –et encore), mais cette absence de réactions confirme qu’il n’y a rien de vraiment radical sur les dépenses ou sur les recettes. Or, pour revenir au niveau de déficit promis aux Européens et à ceux qui financent la dette tous les jours (deux tiers d’étrangers), il faudra trouver 30 « vrais » milliards en 2012, et autant en 2013. Cela équivaut, chaque année, à des économies considérables ou à quatre points de TVA ou à trois de CSG. Ce n’est pas rien !

Tout cela veut dire qu’il faudra des mesures radicales et encore plus si les taux d’intérêt remontent. Comment croire qu’elles seront prises juste avant l’élection présidentielle ? C’est impossible. Comme depuis vingt ans, les gouvernements croient aux miracles plus qu’à la raison. Ils se disent, comme l’homme qui se jette du cinquantième étage et qui fait le point au vingtième étage, « jusqu’ici tout va bien ». La France n’échappera pas éternellement à la vraie rigueur – etd’abord dans ses dépenses.

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