C'est vrai, la Bourse de Paris, qui vendredi avait salué l'accord, a plongé de 6% depuis lundi, avec un recul de plus de 3 % hier. Plusieurs éléments. D'abord, il y a la complexité du montage du Fonds de secours (FESF, MES), qui fait appel aux Etats, au FMI, aux Coréens, aux Japonais etc., bref aux bonnes volontés. Si un de vos auditeurs de Lille y comprend quelque chose, qu'il lève le doigt ! Ici, à Paris, c'est le brouillard. Façon de rassurer, Angela Merkel, elle, a indiqué hier que l'effort de redressement connaîtrait des échecs. Bon. Tandis que le patron de la Bundesbank, lui, a redit qu'une aide de la Banque centrale européenne aux Etats reviendrait à donner un dernier verre à un alcoolique. Bien. Enfin, Alain Juppé a assuré que ce ne serait pas un cataclysme pour la France de perdre le triple A - donnant l'impression que c'est imminent. Bravo les artistes.Mais faut-il faire attention aux humeurs des marchés ? J'aimerais dire non : les marchés, ça monte, ça descend, ça n'est jamais content. On aimerait dire non parce que les Européens ont fait un pas important, conséquent, sur la gouvernance économique. Mais le problème est que les marchés prêtent des centaines de milliards d'euros aux Etats - encore trois milliards à l'Italie hier, journée ordinaire. Et ils pointent les failles du dispositif. A l'heure où je parle, personne ne connaît le montant des moyens que l'Europe va mobiliser pour son Fonds de secours. Une anecdote. C'était au G20 de Cannes, Barack Obama et Nicolas Sarkozy parlaient de la taille de cette lance à incendie, en calculant ce qu'on appelle l'effet de levier pour les Etats. Soudain, Obama et Sarkozy s'arrêtent : « cet effet de levier, pourquoi nous dit-on qu'il est de trois, et pas de deux ou quatre ? ». Personne ne le savait ! Mais sait-on ce que veulent les marchés ? Etre rassurés sur la sécurité de leurs investissements. Qu'il ne leur arrive pas sur d'autres pays ce qui arrivé sur la Grèce, l'effacement d'une partie des créances. Il y a aussi des tensions moins rationnelles. Un exemple : la presse anglo-saxonne tire à (gros) boulets rouges sur l'accord, peut-être parce que Londres est hors-jeu. Sur le fond, après avoir exigé la rigueur, les marchés s'inquiètent de l'effet de cette rigueur sur la croissance. Là, on est obligé de dire que la zone euro a peut-être choisi la bonne politique, mais qu'elle n'a pas trouvé le discours pour l'expliquer. Il y a besoin d'éclaircissements et, en réalité, la BCE est toujours vue comme un recours nécessaire.Une bonne nouvelle dans ce climat morose ? L'euro a baissé de 12 centimes en un mois face au dollar. Bonne nouvelle pour les exportateurs. Mais, mauvaise nouvelle, le prix des importations en euros monte d'autant, donc celui de l'essence. Oui, mais bonne nouvelle, le prix du baril de pétrole en dollars recule à cause de la récession. On s'y perd un peu !

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