Face à Arnaud Montebourg ou à Jean-Luc Mélenchon qui réclament l’annulation des dettes publiques par un trait de plume magique, le camp orthodoxe, le camp de ceux qui gouvernent, a décidé de répondre. Retour sur les propos tenus hier à ce micro par le gouverneur de la Banque de France.

La dette : la rouler ou l'annuler ?
La dette : la rouler ou l'annuler ? © Getty / Viaframe

Léa Salamé a interrogé François Villeroy de Galhau sur l’hypothèse d’une annulation des dettes publiques contractées pendant cette crise du Covid. Le gouverneur a répondu ceci :

L’annulation de la dette détenue par la Banque centrale, ce n’est pas possible. Cela voudrait dire pour la France sortir de l’euro.

Une demi-heure plus tard, chez nos cousins de France Info, Bruno Le Maire a utilisé les mêmes mots. 

Qu’est-ce que cela veut dire ? Que la patrouille se rebiffe

Face à Arnaud Montebourg, face à Jean-Luc Mélenchon qui réclament l’annulation des dettes publiques par un trait de plume magique, le camp orthodoxe, le camp de ceux qui gouvernent, a décidé de répondre. 

Est-ce qu’ils ont raison de dire que c’est impossible ? 

Sur le papier, oui. Les traités européens excluent le financement des déficits par la BCE, et il n’y aura jamais de consensus en Europe pour dire autre chose. Evoquer une annulation risque aussi de tuer la crédibilité de la monnaie. Ni le Japon ni les Etats-Unis n’en parlent d’ailleurs. En réalité, tant que la BCE garde les dettes qu’elle a rachetées aux Etats, les annuler est sans intérêt. Avec des taux d’intérêt riquiqui, elles ne coûtent rien ou presque. La dette "roule". Mais vous avez dit : il a raison "sur le papier"… 

Il y a un problème (ou plutôt deux)

Si les taux d’intérêt remontaient un jour, le coût de la dette deviendrait comme un lacet qui étrangle le Budget. Ensuite, et c’est le plus ennuyeux, on ne voit pas trop la faisabilité des solutions que peuvent utiliser en France les "raisonnables", ceux qui ne veulent pas que la dette "roule" éternellement. 

  • Augmenter les impôts ? Le pays est déjà tout en haut de l’affiche -et même le retour de l’ISF serait loin du compte. 
  • Economiser dans les dépenses publiques ? Ce n’est pas l’esprit du moment -et même une réforme des retraites serait loin du compte. Espérer le retour d’une croissance de 5% par an ? On peut toujours rêver. Les Allemands ont déjà décidé de rembourser la dette Covid en vingt ans, mais le passif tricolore en matière de finances publiques est tel qu’on voit mal comment le dentifrice pourra rentrer dans le tube. 

C’est la raison pour laquelle c’est en France que les solutions miracles ont tant de succès. S’ils veulent éviter les mirages, les orthodoxes qui ont créé et défendu l’euro devront être plus précis et convaincants.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter