La fusée Ariane 5 doit décoller ce soir de Kourou en emportant un cargo de 20 tonnes qui ravitaillera la station spatiale internationale. Mais ce sera surtout le 200ème tir du lanceur européen.

Tout le monde croise les doigts pour que les conditions météo n’empêchent pas le vol (23 h 13) et qu’il n’y ait pas d’accident. Mais si tout va bien, donc, ce cargo s’arrimera à la station. Et ce sera surtout le 200ème lancement de ce programme qui reste à ce jour un des vrais succès de l’Europe avec Airbus. Ce qui prouve que quand l’Europe veut, elle peut. Ariane, c’est une histoire qui remonte à loin. L’initiative a été prise il y a plus de quarante ans, quand Paris et Berlin ont réalisé que les Américains, qui venaient d’envoyer des hommes sur la Lune, allaient être les seuls à occuper l’espace civil et militaire. Aujourd’hui, le bilan reste exemplaire. Ariane a placé dans les étoiles 299 satellites (95% de réussite), et occupe 60% du marché mondial des lancements civils. C’est même Arianespace qui se chargera à la rentrée d’un tir de Soyouz. Les Américains sont repliés sur les satellites militaires avec les fusées Delta et Atlas de Boeing et Lockheed Martin.

Donc, tout va bien ? Pas mal du tout ! Avec l’Internet haut débit, la télévision, des GPS partout –votre GPS de voiture qui fonctionne avec 9 satellites-, le ciel s’annonce assez dégagé. Et il y a de la place puisque un millier de satellites fonctionnent aujourd’hui ! La crise n’a pas fait baisser le régime. Le carnet de commandes d’Arianespace est archiplein, trois ans d’activité et 80 satellites à placer en orbite. Plus 6 ATV, les véhicules de ravitaillement de la Station internationale comme celui de ce soir. Alors, quelles sont les menaces ? La concurrence bien sûr, chinoise ou indienne.

Ce sont des pays aux armées d'ingénieurs disposant de moyens et de gigantesques marchés domestiques. Il y a aussi quelques entreprises américaines de petite taille. Mais les vraies questions sont ailleurs. Elles sont plus politiques. Exactement. Ariane travaille beaucoup mais la rentabilité n’est pas assurée, et les Etats européens dépensent quand même de l’argent. La première question est celle de la préférence communautaire. Il ne viendrait pas à l’esprit des Américains de faire envoyer des satellites militaires par les Européens ou les russes. Au nom de la concurrence, certains gouvernements européens, eux, n’hésitent pas. Deuxième défi, il va falloir remettre au pot un milliard fin 2012 pour muscler le moteur de la fusée. Et, enfin, penser à la génération suivante, celle qui s’envolera en 2025-2030. Bref, il y a du pain sur la planche. Au total, donc, quand même plutôt une belle aventure ? C’est vrai, on rêverait de projets européens de ce type dans le TGV au lieu qu’Alstom et Siemens se battent sur tous les marchés mondiaux. Mais, hélas, malgré Airbus et Ariane, le ciel ne réussit pas toujours aux Européens.

Le projet Galileo, programme de radionavigation par satellite (GPS) est le contre-exemple parfait. Plus de 6 milliards d’euros débloqués, 30 satellites prévus mais tellement d’hésitations, de retard et de pinaillages que rien n’entrera en vigueur avant… neuf ans ! Peut-être même après le GPS chinois moins cher… Un vrai beau, grand, énorme gâchis. Ce n’est pas parce qu’une usine à gaz va dans l’espace qu’elle tourne mieux.

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