Le taux de chômage est au plus bas depuis dix ans. Bonne nouvelle ? Oui ! Mais à partir de maintenant, on rentre dans le dur, au sens propre et figuré. 2019, l'heure de vérité.

Pôle Emploi
Pôle Emploi © AFP / PASCAL GUYOT

On revient sur le taux de chômage publié hier par l’Insee parce que les données sont intéressantes. 

C’est d’une certaine manière LE bon résultat économique qu’Emmanuel Macron et le gouvernement attendaient depuis la rentrée : à 8,8 % de la population active, ce taux est au plus bas depuis dix ans, avec un recul significatif à la fin 2018. Le repli est notamment important pour les jeunes, ce  qui est un bon signal sur l’apprentissage. 

Estimation à +/- 0,3 point près du niveau du taux de chômage et de son évolution d'un trimestre à l'autre Champ : population des ménages, personnes de 15 ans ou plus
Estimation à +/- 0,3 point près du niveau du taux de chômage et de son évolution d'un trimestre à l'autre Champ : population des ménages, personnes de 15 ans ou plus / Insee, enquête Emploi

Pourquoi l’heure de vérité ? Pour trois raisons. 

Un : si on prend un peu de recul, l’amélioration sur un an est moins spectaculaire, ce qui veut dire que c'est cette année qu'on saura si les réformes du gouvernement sont le moteur de ce mieux et qu'on connaîtra la puissance de ce moteur. 

Deux : le niveau de notre chômage reste élevé par rapport à celui de beaucoup de nos voisins, le double de l’Allemagne. Il l’est même davantage, élevé, qu’on ne croit souvent si on considère la proportion de demandeurs d’emploi non pas par rapport à la population totale en âge de travailler, mais par rapport à celle qui a un vrai risque sur l’emploi, donc hors fonctionnaires et salariés à statut protégé – qui sont plus nombreux qu’ailleurs-, en clair si l’on ne regarde que les actifs du privé. Eh bien, le taux dépasse alors les 11 %. Il y a donc de la marge avant de grimper au rideau. 

Trois : on ne sait pas si la baisse va continuer, si on touche un plancher qui serait le chômage dit structurel, celui qui ne dépend pas de la conjoncture économique -qui faiblit par ailleurs- mais de la formation, de la mobilité, de l’attractivité des métiers et des emplois disponibles. Ce que l’on sait est que, partout, les entreprises signalent des difficultés de recrutement et que la France a un système d’indemnisation et de contrôle de la recherche d’emploi globalement plus bienveillant qu’ailleurs.  

Peut-on craindre que l’on soit à ce plancher ? Honnêtement, oui – mais on espère tellement se tromper. 

La dégradation de l’emploi des non-qualifiés est spectaculaire, et montre que notre système de formation ne colle pas au marché du travail. Des données mises en avant par Rexecode indiquent que le taux d’emploi des personnes ayant un niveau d’éducation universitaire est de 82 %. 

Ce même taux d’emploi est de 52 % chez les 20-64 ans qui ont le niveau d’éducation le plus bas. L’écart, pire encore, s’est creusé depuis dix ans pour les 20-24 ans. 

La conclusion générale est que la clé est du côté des entreprises pour que les métiers difficiles et manuels (le bâtiment par exemple) soient plus attractifs et mieux payés. Mais la clé est aussi et surtout du côté du système éducatif et social pour s’occuper des NEETS, les fameux not in education, employment or training, ni étudiant, ni en emploi, ni stagiaire. 

Oui, 2019, l'heure de vérité.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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