L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». __ C’est officiel, la Chine est devenue la troisième puissance économique mondiale. Elle a doublé l’Allemagne. En économie comme ailleurs, il y a l’écume des jours, l’actualité quotidienne. Et puis il y a les tendances lourdes, qui modifient en profondeur les équilibres. En voici donc une : on a eu la confirmation hier que la Chine est plus puissante sur le plan économique que l’Allemagne, qu’elle a doublée en 2007. En clair, puisque Pékin a fait des Jeux Olympiques la vitrine de sa réussite l’été dernier, elle est médaille de bronze. Sa précédente marche sur le podium ne datait que de 2005, quand elle avait doublé la France et la Grande-Bretagne. La prochaine marche est presque datée. On estime qu’elle dépassera le Japon d’ici 3 ou 4 ans, pour avoir la médaille d’argent. Quel est le critère qui permet de dire cela ? C’est le PIB, le produit intérieur brut. Pékin a révisé à la hausse le niveau de sa croissance en 2007, qui a galopé au rythme de 13%. Alors, les chiffres sont discutables, à cause du taux de change, de la fiabilité des statistiques, et puis le PIB est un indicateur frustre. Mais le score ne l’est pas. Cette médaille de bronze, pour un pays d’un milliard 300 millions d’habitants, est évidemment assez logique. Mais la progression quand même fulgurante. Mais les autorités chinoises ne crient pas victoire. Et c’est ce qui est intéressant. Normalement, les autorités, qui ont affiché leurs ambitions politiques, économiques, financières, devraient fanfaronner. Après tout, la Chine est le plus grand producteur de textiles, de jouets, mais aussi de produits high-tech du monde. Son épargne finance tous les déficits américains. Il y a six périphériques autour de Pékin. Mais le problème, c’est que le cœur n’y est pas aujourd’hui, que la médaille a son revers. Quand les clients américains et européens boudent les magasins, les usines chinoises ferment et la croissance chinoise ralentit. Or, le modèle, qui pousse les paysans à venir travailler dans les villes et qui a permis de sortir des centaines de millions de gens de la pauvreté, a fonctionné depuis 30 ans avec une croissance à deux chiffres. Si elle revient aux alentours de 6% seulement, la marmite sociale commencera à bouillir sérieusement. C’est un peu ce qui se passe actuellement. Les discours du Premier ministre, des autorités, montrent qu’ils s’inquiètent. Le chômage augmente et comme les filets sociaux sont extrêmement faibles, des mouvements sociaux sont toujours possibles. Et le pouvoir central n’a plus les mêmes moyens de contrainte sur la classe moyenne qu’il y a vingt ans. Les autorités multiplient elles aussi, du coup, les plans de relance. Et tout ça nous concerne très directement. Pour paraphraser l’ancienne mais célèbre formule d’Alain Peyrefitte, ancien ministre, « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ». C’était en 1973. Il ne faut pas se réjouir si la Chine tremble. Le monde tremblera aussi. Il y a trop d’interdépendances. La médaille d’or n’est donc pas pour demain. Il faudrait que la Chine double les Etats-Unis, quatre fois plus gros. Là, la marche est quand même très haute. Mais les deux pays ont un point en commun : il ne suffit pas d’avoir des médailles, il faut prouver qu’on les mérite. Et tous les deux ont des efforts à faire sur le social, l’environnement, la régulation de leur capitalisme.

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