Pendant plus d'un mois, environ 2.000 conducteurs de métro et RER ont changé la vie, chaque jour, de cinq millions de Parisiens et Franciliens. Un effet de levier qui n'existe nulle part ailleurs. La patience des usagers a été impressionnante.

Illustration quotidienne pendant les jours de grève générale qui ont commencé le jeudi 5 décembre 2019
Illustration quotidienne pendant les jours de grève générale qui ont commencé le jeudi 5 décembre 2019 © AFP / Amaury Cornu / Hans Lucas

La reprise du trafic est assez nette, ce matin, dans le métro parisien. Il y a clairement un tournant au 42e jour de grève, avec une partie des lignes qui refonctionnent. On verra si l'amélioration va continuer, mais ce conflit à la RATP restera hors-norme, avec une patience des usagers qui laisse sans voix. 

Hier, un conducteur de métro et de RER sur deux était en grève. Le calcul est simple : moins de 2 000 personnes ont donc perturbé ou empêché chaque jour les déplacements professionnels, privés et scolaires de près de cinq millions de voyageurs depuis un gros mois

Quand les bus étaient aussi à l’arrêt, ce sont douze millions de trajets par jour qui ont été allongés ou supprimés. C'est l'effet de levier le plus élevé que l'on puisse connaître.

Habitués que nous sommes de ce genre d’événement au nom du droit de grève, nous perdons bizarrement le sens de cette réalité-là. 

Face à ces heures perdues, ces fatigues accumulées, le télétravail, le vélo et le covoiturage ont certes été des solutions, c’est la différence par rapport à 1995. Mais cela ne concerne pas tout le monde. 

Alors dit-on, les Français sont avec les grévistes. En fait, le dernier sondage Ifop (voir doc page 10) montre que les Franciliens usagers de la Ratp opposés ou hostiles au mouvement social sont plus nombreux (45%) que ceux qui le soutiennent ou ont de la sympathie pour lui (44%). 

Dernier élément purement factuel : sur les 850 conducteurs de RER, 19 seulement sont concernés par la réforme des retraites, les autres sont en fin de carrière et donc plus âgés. 

Mais au final, les salariés de la RATP vont-ils y perdre ? C’est compliqué à savoir parce que beaucoup de points ultra-techniques sont négociés dans l’entreprise. On peut néanmoins affirmer qu’en termes de revenus et de pensions les agents ne perdront rien, mais qu’ils partiront plus tard en retraite que dans le régime spécial. En  raison … non pas de la réforme Macron mais de la réforme Hollande-Touraine de 2014 ! 

Rappel : En 2017, l’âge moyen de départ était de 55,7 ans en moyenne pour l'ensemble des salariés de la RATP (voir Cour des Comptes page 45). Mais les conducteurs partiront toujours avant les autres salariés -au titre de la pénibilité. Dans cette affaire, il ne faut pas sous-estimer la part de bagarre interne à la RATP entre l’Unsa, la CGT et Sud en vue des prochaines élections. 

Au 42e jour de grève, c'était donc un hommage à l'incroyable patience des millions d'usagers des transports parisiens et franciliens.

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