L'édito éco avec Jean-Francis Pécresse, du quotidien « Les Echos ». __Le chef de l'Etat reçoit aujourd'hui à l'Elysée une cinquantaine de dirigeants d'entreprises. Il attend d'eux des engagements précis sur l'embauche de jeunes. Va-t-il les obtenir ? Probablement, un peu au-delà de ses espérances. Lorsqu'il a présenté, fin avril, son plan pour l'emploi des jeunes, Nicolas Sarkozy avait demandé au PDG de Veolia Environnement, Henri Proglio, de mobiliser ses homologues grands patrons pour qu'ils signent une charte de l'alternance. Mais une charte assortie d'engagements chiffrés. L'alternance, c'est ce dispositif qui permet à des jeunes d'être à moitié en formation scolaire, dans un centre, et à moitié en apprentissage, dans une entreprise. Ils étaient, en 2008, 280.000 à profiter de ce contrat d'apprentissage. Le chef de l'Etat a fixé un objectif de 320.000 contrats sur un an, à partir de maintenant. La cinquantaine de grandes entreprises représentées aujourd'hui à l'Elysée devraient s'engager à en prendre déjà 100.000 en alternance. Alors, tous ne seront pas en contrat d'apprentissage, mais c'est déjà un geste très significatif. N'est-ce pas une opération d'affichage ? Sans cela, ces entreprises n'auraient sans doute pas recruté ces 100.000 jeunes. Si elles tiennent leur promesse, ce sera un vrai effort de leur part. La meilleure preuve en est que les embauches en alternance s'effondrent depuis le début de l'année. C'est spectaculaire : -20% sur les contrats d'apprentissage, -35% sur les contrats de professionnalisation. Cela se comprend, malheureusement, dans un contexte de suppressions d'emplois massives. Et puis, cela demandera un effort tout particulier aux sociétés de service, qui prennent habituellement peu d'apprentis. Alors, pour relativiser quand même les mérites de ces entreprises, il faut dire que l'Etat leur donne un sérieux coup de pouce. Depuis peu, les embauches d'apprentis bénéficient d'une exonération totale de charges sociales. Et les entreprises de moins de 50 personnes ont même droit, elles, à une prime supplémentaire de 1.800 euros. Tout cela peut-il infléchir la forte poussée du chômage des jeunes ? C'est une petite bouffée d'oxygène, un signal positif, dont le gouvernement espère sûrement qu'il aura un effet d'entraînement sur les entreprises qui pourraient embaucher mais qui ne le font pas. Le chômage des jeunes, c'est la préoccupation numéro 1 du gouvernement. Il a bondi de 40% depuis un an. Et cela nourrit deux inquiétudes. La première, c'est celle d'un été chaud, avec des regains de violence dans des quartiers minés par l'exclusion. Et la deuxième c'est celle d'une rentrée sociale épouvantable avec l'arrivée de 600.000 jeunes sur le marché de l'emploi. Alors bien sûr, on peut incriminer les entreprises qui ne donnent pas assez leur chance aux jeunes. Mais si ceux-ci sont les premières victimes de la crise, c'est aussi parce qu'il y a, en France, depuis longtemps, une préférence collective pour les orienter vers des formations universitaires qui n'offrent pas ou bien peu de débouchés professionnels.

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