François Hollande a expliqué hier que la reprise était enfin là. Question simple: partagez-vous l'optimisme du chef de l'Etat?

Réponse simple: oui et non.

Oui, parce que la plupart des indicateurs récents indiquent que l'économie française va moins mal. La consommation résiste, contrairement à ce qu'on avait vu dans le sud de l'Europe. La montée du chômage s'est quasi-miraculeusement arrêtée en juin. L'inflation très basse donne un peu d'air. Les exportateurs reprennent leur souffle.

Et dans l'industrie, le secteur le plus sensible aux mouvements de la conjoncture, la glissade semble interrompue. Les chefs d'entreprise ont un peu moins le moral dans les chaussettes. La production a baissé au mois de mai, comme on l'a appris la semaine dernière, mais moins qu'elle n'avait augmenté en avril.

Le président de la République a d'ailleurs expliqué que la hausse de la production industrielle avait été très marquée ces derniers mois...

C'est justement ici que s'arrête mon optimisme. Car la hausse sur les trois derniers mois connus a été de 0,6%. Bien sûr, c'est mieux que le déclin des mois précédents. Mais ce n'est pas encore le nirvana. A l’été 2009, quand l'activité était repartie après le choc Lehman Brothers, cette même production industrielle avait bondi de 2,5% sur trois mois.

Aujourd'hui, quand on regarde l'ensemble de l'activité économique, celle que mesure le fameux PIB, on est sans doute sur une pente de +0,2% par trimestre après une baisse de 0,2% à l'automne et l'hiver dernier.

L'économie n'est plus noire ou blanche, elle expérimente plutôt, si j'ose dire, 50 nuances de gris, et ce n’est pas très excitant. L'activité est aujourd'hui au même niveau qu'il y a six ans. En réalité, le concept de reprise n'est plus pertinent.

Pourquoi donc l'économie ne connaîtrait-elle plus de reprise?

Nous restons plombés par des montagnes de dettes, publiques et aussi privées, en Europe, et aussi en France.

Et puis la crise a été tellement violente ces dernières années qu'elle a dévasté l'économie, en détruisant des masses de capital.

Du capital physique, avec des centaines d'usines qui ont fermé et qui ne rouvriront jamais. Du capital humain aussi, avec des centaines de milliers d'hommes et de femmes qui ont perdu leur emploi et qui perdent ensuite leur savoir-faire au fil du temps. Les bases de la reprise ont donc sans doute disparu.

Mais François Hollande continue d'y croire...

C'est assez compréhensible. D'abord, en espérant la reprise, il ressent moins la nécessité impérieuse d'envisager des réformes douloureuses, pour le pays et pour sa popularité.

Ensuite, il a en mémoire le coup de bol de Lionel Jospin il y a quinze ans. Souvenez-vous: en 1997, Jacques Chirac est persuadé que l'économie ira mal, et qu'il faut donc une majorité solide pour imposer des réformes. Il dissout l'Assemblée. Lionel Jospin remporte les élections. Et là, divine surprise: l'économie repart. 10% de croissance en trois ans.

Avec l'argent qui tombe dans les caisses, Jospin peut éviter les mesures douloureuses, comme par exemple sur les retraites. Mais depuis, nous avons changé de siècle. Même François Hollande devra finir par s'en rendre compte.

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