Emmanuel Macron a tiré à gauche avec le retour des emplois-jeunes et l'annulation d'une baisse d'impôt pour les plus aisés ; et à droite, en refusant d'abandonner totalement sa réforme des retraites.

Emmanuel Macron interviewé par Léa Salamé et Gilles Bouleau ce 14 juillet 2020 à la télévison
Emmanuel Macron interviewé par Léa Salamé et Gilles Bouleau ce 14 juillet 2020 à la télévison © AFP / Ludovic Marin

Si je me mettais au-dessus de ma condition de chroniqueur économique pour me hisser à celle d’éditorialiste politique, je broderais sur les multiples mea culpa présidentiels. Sur sa volonté de parler au cœur des Français qui ont (je le cite) "peur" et à qui il reconnaît n’avoir pas su parler. J’expliquerais que le nouveau chemin promis par Emmanuel Macron n’est pas encore clair, qu’il se répète beaucoup, mais qu’il sera moins vertical. Bref j’écrirais ce matin l’acte politique de décès de Jupiter. 

Mais je ne suis qu’éditorialiste économique, et en économie, les choses sont assez claires, on a même appris plusieurs choses. 

  • Un, s’agissant de l’emploi des jeunes : on savait qu’il y aurait une exonération de cotisations sociales pour inciter les entreprises à embaucher. La surprise est venue d’un retour des emplois-jeunes de Martine Aubry avec 300 000 contrats d’insertion et 100 000 contrats de service civique. Voilà un dispositif de gauche. 
  • Deux, s’agissant des impôts, il y a une annonce : les 20% de Français les plus aisés peuvent oublier la suppression de la taxe d’habitation promise. Ce n’est pas le retour de l’ISF, mais c’est encore une mesure de gauche. 
  • Enfin, trois, s’agissant des retraites, on devine ce que le gouvernement a en tête – même si ce n’était pas limpide hier. Il ne se passera rien de sérieux cet été, mais une accélération de la loi Touraine sur le nombre de trimestres pour avoir une retraite à taux plein reste possible cet automne, après sans doute un travail du Conseil d’orientation des retraites. 

La réforme dite universelle est repoussée mais l’idée est de la voter avant 2022. Cette fois, ce sont des signaux envoyés à l’électorat de droite. On a donc appris des choses, mais pas tout ! Le président n’a curieusement pas du tout mis en avant son plan de relance, tout en le chiffrant à 100 milliards d’euros – ce qui n’est pas rien, on en parlait lundi matin ici même. 

Mais ce qui montre que nous sommes dans un monde devenu étrange, c’est que la question : qui finance ? n’a pas eu de réponse. Le "quoi qu’il en coûte" n’a apparemment pas de limite tant que la crise dure, toute la dette covid sera mise sous cloche. La certitude que l’on peut avoir est qu’il sera très difficile, demain, de faire rentrer le dentifrice dans le tube une fois que les habitudes sont prises.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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