Emmanuel Macron ne change pas de politique économique : priorité aux entreprises. L'utilisation du mot Reconstruction pour les temps qui viennent est abusive : l'après-guerre était un défi autrement plus ambitieux que l'après-Covid.

Que retenir de l'intervention d'Emmanuel Macron ce dimanche soir ? Disons d’abord que les allocutions élyséennes en France sont fascinantes : les mots comptent davantage que les choses ... La performance intellectuelle plus que les annonces concrètes. Ce n’est pas un reproche, c’est un constat. Le président français ne s’abaisse pas, comme Angela Merkel l’a fait il y a quinze jours après un accord de coalition, à annoncer un chèque de 300 euros par enfant...

Bon, donc, va pour les mots. Ils sont clairs. Emmanuel Macron ne change pas de ligne économique pour la Reconstruction, son mot de l’Acte III : la politique de compétitivité, pour aider les entreprises, et non pas la politique du pouvoir d’achat, dite de la demande. Et surtout il n’y aura pas de hausse d’impôt (hors la prolongation de la CRDS de 0,5% sur l'ensemble des revenus, qui devait s'arrêter en 2024 et prolongée jusqu'en 2033). C’est une confirmation (bienvenue), et c’est la leçon de 2008-2009 : il n’y aura pas de plan de rigueur. 

Du coup, il va être difficile de reprocher au président une politique austéritaire puisqu’il laisse filer les déficits et que le quoi qu’il en coûte durera jusqu’en 2022. Dès lors, ses opposants vont se rabattre sur le rétablissement de l’impôt sur la fortune mais cela va mouliner un peu à vide puisque aucun impôt ne va augmenter et que manifestement la dette tout le monde s’en moque. 

Naturellement, au-delà, ce sont les actes qui donneront -ou pas- de la chair aux deux orientations évoquées (esquissées) hier. Un : la relance verte, écologique, mais avec quels moyens, dans quelle direction ? ; 

Et deux : la souveraineté économique et le retour d’industries stratégiques. Le mot indépendance a été répété, et des choses sont à faire (sur les médicaments) mais bon cette crise a révélé des problèmes de l’Etat plus que de l’économie.

Donc, le cap est clair ?

C’est celui de la priorité à la reprise économique, maintenant, et non plus à la santé. Le mot choisi, Reconstruction, envoie à un succès, celui du redressement après 1944. Mais bon il paraît un tantinet exagéré – il s’agissait d’une guerre mondiale, avec plus de 50 millions de morts dans le monde en cinq ans ; là, l’économie a été arrêtée pendant deux mois. 

Au total, le paradoxe est que ce qu’ont retenu les Français hier, ce sont sans doute les deux 1ères minutes du discours : le retour à l’école, la réouverture des restaurants partout et le fait que le travail doit reprendre. Plus peut-être que la suite. Eh bien, les Français ont eu raison : c'était le plus important. 

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