Ce mardi, l’Union européenne lance en son nom son premier emprunt pour financer la relance.

Les étapes techniques ont démarré hier, mais effectivement, l’Union à 27 va boucler une émission obligataire à dix ans d’une dizaine de milliards d’euros pour commencer à financer son grand plan de relance de 750 milliards qui sera redirigé vers chacun des Etats. Pas d’inquiétude : cette première tranche trouvera facilement preneur, la signature est sure. 

Si l’Union a déjà lancé un simili-emprunt pour l’emploi en octobre, ce rendez-vous ci est historique : une émission commune de dette. Pour tout un chacun (et je me mets dedans), cela n’a l’air de rien, mais c’est un pas conceptuel très important pour ce qu’est l’Europe : pas seulement une addition de pays, mais une entité financière en elle-même, qui se finance elle-même. Pour ne pas froisser les Allemands, personne ne va appeler cela des eurobonds, mais c’est de cela qu’il s’agit – sinon on pourrait les appeler des corona-bonds, mais c’est moins élégant. 

C’est ce que les experts en Europe appellent un moment Hamiltonien (avec un grand H). Quesaco ? En juin 1790, le premier secrétaire au Trésor américain, Alexander Hamilton, propose à Thomas Jefferson que l’Etat fédéral naissant reprenne les dettes des 13 premiers Etats fédérés – ce qui les sauve de la faillite et constitue un saut quantique vers l’Union des Etats, les Etats-Unis. Tout était encore incertain à l’époque, au point que sur les premiers dollars américains, il était écrit, en latin, exitus in dubio, l’issue est incertaine. 

Bon, revenons à nos moutons européens : l’Union à 27 est un ensemble bien plus baroque et nous avons la monnaie européenne sans l’Etat européen, mais un pas sera bel et bien franchi aujourd’hui.

Il y a d’autres moments Hamiltoniens ?

Franchement oui. On a parlé ici même la semaine dernière de l’avancée rapide maintenant de la vaccination en Europe, sous mandat européen. 

Le prochain moment Hamiltonien sera le 14 juillet (rien à voir avec la fête nationale française), quand l’Europe annoncera, entre autres beaucoup de décisions contre le réchauffement climatique, sa décision d’interdire à partir de 2035 la vente de toute voiture neuve à moteur 100% thermique. 2035 ce n’est pas dans très longtemps, c’est cinq ans plus tôt que ce qui est prévu en France, et Joe Biden pourrait prendre la même décision. 

L’Europe s’installe concrètement comme un acteur majeur du climat, même si, sur ce sujet, on est bien obligé de reconnaître que exitus in dubio. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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