Sur le dossier Alstom, entre hier et ce matin, une journée de dupes : derrière la confusion des déclarations de Ségolène Royal, une offensive « anti General Electric ».

La confusion, c’est celle qui née, hier matin, des propos tenus par la ministre de l’Environnement et de l’énergie dans les colonnes de Paris-Match. « General Electric est une très bonne opportunité pour Alstom. C’est le meilleur projet industriel. Pourquoi ne pas le dire ? » , lance-t-elle, faussement ingénue. Sa prise de position va exactement à l’inverse de celle défendue par Arnaud Montebourg, le ministre de l’Economie, qui défend depuis des semaines la reprise de la branche énergie de l’entreprise française par l’allemand Siemens. Pour tout dire, les trois phrases de Ségolène Royal illustrent parfaitement - dans la façon de l’exprimer - la légèreté des responsables politiques quand ils parlent des entreprises. L’air de rien, au milieu d’un entretien de deux pages, la ministre de l’Environnement rajoute de la cacophonie dans un dossier déjà compliqué. Politiquement, c’est le premier couac de l’équipe Valls depuis sa nomination ; un couac d’ailleurs rapidement maîtrisé puisque dans un tweet posté à 9 heures 42 Ségolène Royal fait un virage à 180° en affirmant que (je cite) « le projet franco-allemand progresse bien » . Mais l’impression de manque de sérieux des politiques reste. Quelle est la position réelle du pouvoir ? Que doivent comprendre les dizaines de milliers de salariés concernés, le management de l’entreprise, les actionnaires nationaux ou étrangers d’Alstom ? On se demande si parfois les politiques ne devraient pas tourner sept fois leur langue dans la bouche. Voire se taire. Que le gouvernement s’exprime, oui, mais qu’il le fasse d’une seule voix et qu’il admette que l’on ne parle pas de l’avenir d’une entreprise comme d’une élection cantonale ou d’une mesure fiscale. Surtout quand il s’agit d’entreprises privées.

Mais voilà, derrière Ségolène Royal, Arnaud Montebourg préparait une offensive que l’on découvre ce matin.

Pour une fois, l’ancien finaliste de la présidentielle n’a pas eu de « flair ». Car, pendant qu’elle affichait sa préférence pour l'américain, le ministre de l’Economie et l’Elysée bouclaient une offensive : un décret publié ce matin au Journal officiel (qui modifie l’article 153-3 du code financier), mais que l'on a découvert il y a moins d'une heure, allonge la liste arrêtée il y a dix ans des secteurs dits stratégiques. Les secteurs dans lesquels l’Etat peut juridiquement bloquer un rachat d’une entreprise française par une étrangère. Il y avait les casinos, la sécurité, l’armement, les biotechnologies etc. Il y aura désormais les télécoms, l'eau, la santé, les transports et l’énergie. Bref, tous les métiers de General Electric. On s’aligne sur l’Italie et l’Espagne, me disait il y a quelques instants un proche de François Hollande. "C’est un décret anti-GE" répond-on chez l'américain. Blocage définitif de la candidature américaine ou moyen de pression sur lui ? On verra. A priori, c'est stupéfiant : pourquoi pas le yaourt ? L'interventionnisme montebourgien plus l'arme juridique : c'est à rebours de tout le discours sur l'accueil des investissements étrangers.

En une seconde, vous apportez une autre information ce matin.

Dans 5 minutes, l’Insee annoncera non seulement le chiffre de la croissance au 1er trimestre mais aussi une réévaluation statistique du PIB lui-même de l’ordre de 50 milliards. Nous sommes plus riches, grande nouvelle, mais cela ne change rien concrètement, hélas !

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