Depuis le rachat de Monsanto par le groupe chimiste allemand Bayer, l'action de ce dernier ne fait que dégringoler. Pourquoi ce rachat ? Pourquoi la stratégie de Bayer n'a pas fonctionné ?

Pourquoi le groupe Bayer s'est mis dans cette galère en rachetant Monsanto ?
Pourquoi le groupe Bayer s'est mis dans cette galère en rachetant Monsanto ? © AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER

Bien sûr, le vrai cauchemar, c'est celui des malades du glyphosate quand le lien est avéré. Mais la condamnation aux Etats-Unis, lundi, de Monsanto à deux milliards de dollars de dommages-intérêts est une nouvelle marche dans la descente aux enfers de Bayer, le nouveau propriétaire du fameux désherbant. 

Qu’est donc allé faire le groupe allemand dans cette galère ? 

L’inventeur réputé de l’aspirine, qui développe aussi des produits contre le cancer, a racheté le chimiste américain il y a deux ans et demi. Rien que depuis l'été dernier, 33 milliards d’euros se sont envolés en bourse à cause des procès en cascade pour le Roundup. Et cela ne fait que commencer : 13.400 actions en justice sont dans les tuyaux. 

Les actionnaires de Bayer sont si furieux qu’ils ont refusé de soutenir le patron, cas rarissime en Allemagne

Quelle est l’histoire ?

Au départ, l’idée était que les bons produits de santé de Bayer allaient redonner de la crédibilité au glyphosate, parce que les dirigeants de Bayer disaient, et ils le redisent encore aujourd’hui : le Roundup n’est pas dangereux en soi - seul un mauvais usage le rend dangereux. 

Ce à quoi on le sait la justice répond : encore fallait-il être clair sur les précautions à prendre et cela n’a pas été le cas. 

Pourquoi cela n’a-t-il pas marché ? 

Parce que Monsanto est un des lobbyistes les plus patentés qui soit (voir l’affaire du fichier de la semaine dernière) et qu’il ne recule devant rien. 

Parce qu’aujourd’hui les ONG ont acquis une force inégalée et ont en fait un cheval de bataille. 

Et enfin parce que la crédibilité des autorités scientifiques a été emportée par le grand vent du scepticisme généralisé, comme tous les corps intermédiaires, et disons-le aussi par quelques compromissions avec la déontologie. 

Bref, Bayer risque d'être emporté par son désherbant qui ne représente pourtant que 5% de son chiffre d'affaires. 

Mais au final, le glyphosate est-il dangereux ? 

Moi, je ne sais pas : on l’oublie quand même, c’est aux scientifiques de répondre, il faut les écouter -et ils restent divisés. On peut disserter à l'infini sur la différence entre le danger d'un produit et le calcul de probabilité d’un risque. Il est certain que la voiture, l’alcool, le tabac et l’abus de sucre sont quantitativement plus dangereux pour la santé. 

Mais voilà, leurs consommateurs sont avertis des risques alors que ce n’était pas le cas avec le glyphosate. Comme dans le cas du Dieselgate, c’est le mensonge qui tuera ce désherbant davantage sans doute encore que sa dangerosité réelle.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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