Tout laboratoire qui envisagerait de prioriser pour des raisons financières tel ou tel pays pour son vaccin mettrait à coup sûr la clé sous la porte. Sanofi ne fait que constater l'avance que sont en train de prendre les Etats-Unis.

Sanofi
Sanofi © AFP / ERIC PIERMONT

La polémique autour de Sanofi a deux dimensions : l'une concerne l'entreprise ; l'autre Europe. 

1 - La première face, c’est l’attitude du laboratoire qui constate, et le dit, que les Etats-Unis vont plus vite et mettent davantage de moyens que l’Europe sur les vaccins : Washington lui a fait un chèque de 400 millions de dollars pour réserver des doses. Ce sont peut-être 400 millions  à fonds perdus s’il n’y a pas de vaccin Sanofi. Toute la journée, Sanofi a répété que non, s’il y a un vaccin, les Européens l’auront en même temps que les Américains. 

En réalité, cette polémique est grotesque : si Sanofi décidait aux yeux de tous de traîner les pieds en France, pays de son siège et de trois grosses usines, Sanofi serait tout simplement mort, comment se relever de cela ? Impossible. 

Ensuite, imaginer que les labos ne pensent qu’à gagner de l’argent avec ce virus est séduisant mais idiot : ils s’inquiètent surtout d’un monde à l’arrêt, où il n’y a ni revenus ni cotisations sociales pour payer les médicaments. 

Certes, les laboratoires sont déjà très rentables, et cela est peut-être un problème dans la mesure où leur chiffre d'affaires est réalisé grâce à des fonds publics (souvent, pas partout ni toujours). Des usines peuvent être rentabilisées en quelques années seulement. Mais c'est un autre sujet. 

2 - La deuxième face de cette polémique, c’est le trou noir européen. On le regrette d’autant plus que l’éditorialiste que je suis est fatigué d’avoir des raisons de critiquer l’Europe – c’est trop facile et elle sert trop souvent de bouc-émissaire. Mais là, sur le virus, c’est vrai qu’il y a un problème.

Washington a commencé à discuter avec les labos en février, c’est en avril que cela a démarré en Europe. Pour pré-réserver des centaines de millions de doses d’un vaccin nouveau que l’on n’a même pas encore, il faut beaucoup d’argent, il vaut mieux acheter groupé, au niveau européen. Or, le téléthon qui a rapporté 7 milliards à la Commission de Bruxelles a eu lieu il y a dix jours seulement. 

Il y a une agence européenne du médicament (son action sur les AMM ne fait en revanche aucun doute) dont on ne sait pas bien ce qu’elle fait face au Covid, en tous cas pas ce que font les Américains. Mais cela avance, une question étant de savoir si un projet va être communautaire, ou entre capitales, Berlin, Paris et Londres notamment.

Peut-on rester optimiste ?

J’aimerais d’autant plus que on avait dit ici même le 8 avril que si l’Europe apportait au monde un vaccin ou un traitement cela aurait de la gueule ! 

Hélas, du côté des traitements, il semble que l’essai Discovery ne fonctionne pas, en tous cas cela fait trois fois qu’une conférence de presse est promise puis annulée. Au-delà des difficultés d’une campagne d’essais européenne, ce retard dit surtout qu’aucun des médicaments testés n’est miraculeux. 

Rien n’est perdu mais rien n’est fait et on besoin de Sanofi et des autres.

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