Les ministres des Finances de la zone euro se sont une nouvelle fois réunis hier soir pour parler de la crise de la dette. Mais cette fois, ils avaient le sourire ?

Exactement ! Ils avaient le sourire parce que l’évènement est passé inaperçu à cause du Japon, mais l’Europe a franchi le week-end dernier une haie dans sa course d’obstacles contre la crise de la zone euro. On a l’impression, vu d’ici, que les Chefs d’Etat ou leurs ministres se réunissent tous les quatre matins à Bruxelles et qu’à la fin –de toute façon– ce sont les marchés qui gagnent. Cette fois-ci, ils ont réussi un joli coup, qui en plus a rassuré les marchés : les valeurs bancaires ont grimpé en Bourse malgré le Japon, et l’étau s’est desserré sur la Grèce ou le Portugal. Alors, qu’a-t-il été décidé ?

Un : la puissance de feu du fonds de secours provisoire aux pays en difficulté a été relevée de 250 à 440 milliards d’euros et celle du fonds permanent qui le remplacera à 500 milliards.

Deux : ces Fonds pourront acheter directement des titres dès qu’ils sont émis par des pays, une révolution.

Trois : l’effort de rigueur de la Grèce est récompensé par un geste sur ses conditions de crédit – alors que l’Irlande qui est arc-boutée sur son fameux taux d’impôt sur les sociétés à 12,5%, est repartie bredouille.

La semaine dernière tout le monde craignait pourtant une nouvelle crise sur les marchés. Que s’est-il passé ? D’abord l’effet de surprise. Les marchés pensaient que la réunion du 11 mars serait un tour de chauffe du vrai sommet des 24-25 mars. Et effectivement, jeudi soir, personne ne pariait un kopeck (un euro) sur un succès. Mais tout a été décidé dans la nuit de vendredi à samedi au cours d’un entretien entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Le président français, en difficulté un peu partout en ce moment, doit être crédité de ce succès. Il a convaincu la chancelière d’accepter un compromis. En la poussant à créer un effet de surprise, justement, et en l’avertissant que si elle ne voulait pas toper maintenant, elle dirait oui le dos au mur d’ici peu. Du coup, elle a lâché sur presque tout. Et il y a, donc, en plus un paquet cadeau pour la Grèce.

Concrètement, qu’est-ce que cela change ? Ce cadeau a une incidence pratique pour la Grèce. Les Européens ont prêté 80 milliards d’euros à Athènes. Là, ils ont décidé de baisser le taux d’intérêt (4,2%) et d’étaler le remboursement sur sept ans au lieu de quatre. Le remboursement démarrera aussi plus tard, en 2014. Au total, Athènes gagne 6 milliards d’euros. En échange, il y aura plus de privatisation que prévu. Au-delà de la technique, ce qu’il faut comprendre, et même si les négociateurs se feraient couper en morceau avant de l’avouer, c’est qu’il s’agit du début de la restructuration de la dette grecque. Peut-être plus tard, y aura-t-il une autre étape, au détriment des créanciers privés, les banques.

Tout cela, c’est un pas vers quoi ? Du fédéralisme ? Disons (c’est la mode) que c’est un petit caillou sur le chemin fédéral. Il s’est créé un fédéralisme de crise. Bien plus dur sera de créer un fédéralisme de projet, qui évite les crises en rapprochant les politiques économiques. Gérer les crises c’est bien, les empêcher c’est mieux. Il faudra donc franchir bien d’autres haies. Mais il fallait signaler le passage de celle-ci.

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