Ce matin, vous vous demandez s’il n’y a pas trop de chiffres dans cette campagne présidentielle !

C’est une interrogation et une réflexion sur la place des données chiffrées dans cette bataille. Pendant longtemps, on a peu cité de calculs dans les présidentielles. Les électeurs étaient priés de croire les candidats sur parole, sur leurs beaux yeux, au fond de s’en remettre à leur lyrisme. Et pourtant, si la situation financière avait été mieux connue par l’opinion, on aurait évité les erreurs de 1981 qui ont conduit à la rigueur deux ans après comme celles de 1995 qui ont imposé le même virage quatre mois après. Des vigies plus incisives auraient aussi mis en garde sur le coût des 35 heures en 1997 et celui des baisses d’impôt en 2007. En 2012, tout cela est terminé. Pour utiliser un mot économique, la parole s’est dérégulée. Sur des sites, dans des instituts, des experts pèsent, soupèsent, vérifient promesses fiscales et dépenses. Ce qui est gonflé, ce qui est minoré. C’est la mode du fact checking, de la vérification de faits. Bref, il n’est plus possible de raconter n’importe quoi.

Et c’est utile ?

Il est utile de savoir ce qui est vrai et faux. Même si le chiffrage est un exercice moins exact que le fait de savoir si une femme est enceinte ou pas enceinte ; il n’y a pas d’entre deux. En politique, un projet a un coût, mais il rapporte aussi, c’est difficile à évaluer. Malgré cela, il est nécessaire de connaître la vérité entre, par exemple, François Hollande qui assure que le chômage a augmenté de un million en cinq ans et Nicolas Sarkozy qui parle de + 400.000. Le premier additionne toutes les catégories de demandeurs d’emploi - ce que personne n’a jamais fait -, le second utilise la statistique BIT, ce que personne ne fait. La vérité, les chômeurs de catégorie A, est de 740.000. Oui, utile.

Mais on est donc allé trop loin ?

Il suffit de suivre les débats entre des représentants des candidats ou les candidats eux-mêmes pour constater le salmigondis des chiffres. Votre mesure coûte 3 milliards ; ce n’est pas vrai ; si, c’est vrai ; votre projet n’est pas financé etc. Tout téléspectateur normalement doté en neurones est noyé. A force de vérifier les additions, non seulement l’opinion ne retient rien, mais on oublie de regarder la cohérence de la copie, ce qui y est, ce qui n’y est pas. Un exemple : François Hollande et Nicolas Sarkozy promettent que la dépense publique augmentera d’environ 1% par an sur le quinquennat. Or, depuis 40 ans, la hausse a toujours été supérieure - c’est depuis 2007 qu’elle s’est le plus rapproché de l’objectif fixé. Le dire, c’est montrer l’effort à faire, que les tableaux Excel et chiffrés des projets dissimule. Trop de chiffres tuent les chiffres utiles.

La politique, un métier difficile !

Oui, surtout que les experts de tous poils, comme les journalistes, sont les premiers à démolir toutes les propositions concrètes des politiques, sur le mode du (Son Renault : « ça ne marchera jamais ! » ). Oui, un métier difficile.

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