Vous commentez le texte présenté hier par Manuel Valls. Est-ce qu’il va créer des emplois ?

C'est la bonne question parce que l’on a tendance à oublier que là est la nécessité et là est l’objectif initial. A force de regarder les bagarres au sein de la gauche, entre les syndicats et le gouvernement, ou de voir la droite qui se frotte les mains alors qu'elle n'a rien fait ou presque, on perd de vue l’ambition initiale. La réponse à la question est que le texte n’est pas à 100 % vidé de sa substance, mais qu’il n'y aura sûrement pas, pour les chefs d’entreprise -ce sont qui embauchent ou pas-, d’effet de choc, de souffle pour changer la donne et débloquer psychologiquement des embauches. Le projet est une fois de plus un exercice d’équilibrisme. Il y a quinze jours, il devait marquer un tournant ; comme il y a eu un tournant dans le tournant, au final on bouge peu.

C'est à dire ?

C'est-à-dire que si vous regardez ce qui a été fait dans les pays voisins, les signaux envoyés au marché du travail ont été autrement plus forts. En Allemagne, les lois Hartz-Schroëder, en Grande-Bretagne, les contrats zéro heure, en Italie, une refonte du CDI. Bien sûr, les Français ne souhaitent pas de mesures aussi radicales. Mais que le débat national, ici, se fixe sur le montant des dommages-intérêts en cas de conflit aux prud'hommes est proprement aberrant. Le recours aux prud'hommes concerne 0,6 % des salariés.

Pour vous, les PME sont les grandes perdantes.

La clarification des conditions dans lesquelles un licenciement est possible est un progrès (mais attention le Parlement). Mais pour le reste, les reculs se sont faits au détriment des très petites entreprises et des PME. C'est curieux : en France, chacun y va de son couplet matin midi et soir pour dire Vive les PME, mais elles n'auront pas davantage d'espace de négociation directe avec leurs salariés sur les 35 heures. La bonne nouvelle, nous dit-on au gouvernement, est que la taxation accrue des CDD et l'intégration du compte épargne temps dans le compte d'activité n'ont pas été évoquées hier ! La bonne nouvelle, c'est que cela aurait pu être pire.

Conclusion ?

Vous connaissez la formule des amateurs de foot : à la fin, c'est de toute façon l'Allemagne qui gagne. Sur le chômage, c'est vrai aussi.

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