C'est la première fois depuis plus de 50 ans qu'un gouvernement britannique est aussi coupé du monde économique. La finance semble curieusement très zen. Pas l'industrie.

Le référendum par lequel les Britanniques ont décidé de quitter l’Europe date du 23 juin 2016, c’était il y a 995 jours – donc à un millimètre des 1.000 jours. Les choses sont-elles aujourd’hui plus claires qu’il y a bientôt trois ans ? Non et pour être franc, un grand nombre d’auditeurs sont probablement comme moi, ils ne comprennent rien ou presque aux débats politiques étranges qui se déroulent jour après jour au Parlement de Westminster - personne n'est obligé de faire semblant. 

En revanche, un point certain concerne l’économie : c’est la première fois qu’un gouvernement britannique a coupé les ponts à ce point avec ses milieux d’entreprise. « Arrêtez ce cirque », supplie la responsable de l’équivalent du Medef. Pendant des décennies, le 10 Downing Street, et c’était encore plus le cas quand les Conservateurs étaient au pouvoir que quand c'étaient les Travaillistes, le 10 Downing Street faisait le maximum pour les entreprises et la fameuse City. 

Eh bien, le gouvernement conservateur de Theresa May n’a absolument pas cela en tête alors que l’interminable processus du Brexit créé de l’instabilité et de l’insécurité sur l’avenir. Des entreprises constituent des stocks, à tel point que le trafic de marchandises a grimpé sous la Manche, d’autres craignent des procédures à rallonge, les constructeurs automobiles, pour ne parler que d’eux, ferment des usines : tout cela, pourtant, ne frappe pas les esprits, n’imprime pas. Les batailles et les jeux politiques dominent tout comme ce n'est pas arrivé depuis au moins 50 ans. Mercredi, le gouvernement a ainsi présenté son plan de baisse des droits de douane pour les produits importés sur son sol à partir du 29 mars sans ... même en parler aux entreprises.  

Mais quelle conséquence du Brexit ? 

Trois ans après, on ne sait pas beaucoup plus si l’économie britannique va perdre un peu, beaucoup ou pas du tout avec le Brexit. Si on regarde la prévision de croissance pour cette année, 1,2%, à peine moins que la France, on se dit qu’il n’y a pas de drame. En cas de No Deal, ce sera plus compliqué. 

Mais ce qui frappe, c’est que le secteur financier semble extraordinairement zen : ou il ne croit pas au Brexit ou il y trouvera avantage, en tous cas, la Bourse de Londres a grimpé comme les autres places financières. En revanche, les industriels sont nettement plus inquiets. Or c’est là qu’il y a le plus d’emplois. 

Eh bien, tous vont attendre encore un peu, parce que la date du 29 mars, on le sait depuis hier soir, ne sera même plus une étape, sans que l'on sache si on est au début de la fin ou à la fin du début du Brexit.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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