Reconduction de François Fillon à Matignon, de Christine Lagarde et de François Baroin aux ministères de Bercy : peut-on s’attendre à une nouvelle étape économique et sociale ?

La formule est éculée, mais c’est le changement dans la continuité ! Il n’y aura ni pause, ni rupture ni virage. Le choix de Jean-Louis Borloo aurait marqué un tournant, peut-être pas réel, en tous cas supposé, vers plus de social - ce qui est un peu l’Arlésienne de la politique française. Mais les mots mêmes de “ virage social ” n’ont en fait pas du tout plu à Nicolas Sarkozy, pour qui la réforme des retraites, par exemple, est sociale puisqu’elle évite la banqueroute au régime par répartition.

En réalité, Jean-Louis Borloo constituait une réponse politique (vers les centristes) ainsi qu’une réponse syndicale (renouer avec eux après les manifestations) aux difficultés du chef de l’Etat. Mais était-ce une réponse gouvernementale (entendue comme la capacité à gérer les choses) et une réponse économique ? Nicolas Sarkozy et l’UMP ont jugé que non, et François Fillon s’est imposé (dans tous les sens du terme). Il faut relever qu’entre Nicolas Sarkozy et François Fillon, on parle de relations compliquées, mais qu’ils sont d’accord sur tout sur le fond des choses, et d’abord les réformes et la rigueur. Alors, peut-on attendre de neuf ? Non, encore faudrait-il se demander pourquoi il faut toujours du neuf ! L’envie de faire du neuf sera de toute façon bridée par le fait qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses. François Fillon ne sera pas là pour ouvrir les vannes budgétaires. Le communiqué de Matignon d’hier est en fait assez clair : il s’agit de “renforcer la croissance de l’économie au service de l'emploi (et de) de promouvoir les solidarités”. La priorité, ce sera

1 - La compétitivité : ce qui se passe en Allemagne (chômage bas, croissance haute) frappe beaucoup à Paris.

2 - L’équité, avec une réforme de la fiscalité (le bouclier, l’ISF). Il y aura aussi la dépendance des personnes âgées, et on ne peut pas exclure d’autres nouveaux chantiers encore inconnus. Mais l’essentiel du message est : les réformes déjà faites sont assumées et pas reniées (ce qui aurait un peu le cas avec un virage) et elles peuvent (on verra) continuer.

Nicolas Sarkozy espère que ces réformes le feront gagner en 2012 ?

Il compte sur la croissance, si le chômage finit par baisser. Il espère que la présidence du G20 l’aidera. Mais effectivement, au-delà des commentaires évidents et évidemment très tentants sur le “ tout çà pour çà ”, il pense que ses réformes finiront par être reconnues. Car c’est un paradoxe et un mystère. Beaucoup de réformes ont été faites (qu’on soit d’accord avec elles ou pas) : universités, service minimum, carte judiciaire, régimes spéciaux, taxe professionnelle, baisse du nombre de fonctionnaires, fusion d’administrations, Pôle Emploi, investissements publics du grand emprunt, statut des ports, bref une douzaine au total. Mais l’opinion ne retient que le bouclier fiscal et la réforme des retraites. Peut-elle changer d’avis ? Miser sur des réformes qui sont souvent intéressantes et importantes, mais peu perçues est un pari très audacieux. Comme l’est le fait de miser sur la continuité pour donner de l’élan. Dernier point : en matière économique, l’Elysée va garder la main ou Matignon va “ exister ” davantage ?

C’est Nicolas Sarkozy qui, cette semaine, fixera la ligne : c’est essentiel parce que l’opinion attend un projet économique. Pour le reste, il y aura peut-être un rééquilibrage mais il ne faut pas s’attendre à un hyper premier ministre face à un hypo-président.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.