La campagne présidentielle ne concerne pas seulement les partis politiques. Le patronat commence à sortir du bois.

Les entreprises, on les oublie avec les tirs de snipers entre l’UMP et le PS et les prémices de la bataille Hollande-Sarkozy. Qu’on se le dise, elles veulent faire connaître leurs idées ! Hier, l’Association française des entreprises privées, l’Afep, a présenté les siennes, le Medef en fera autant ce matin sur la protection sociale. Le patronat cherche à se faufiler dans l’agenda politique, il a raison. L’Afep, qu’est-ce que c’est ? Cette organisation rassemble la centaine de très grandes entreprises françaises ; lobby d’habitude discret, il a décidé de changer, sans doute parce que son actuel président est Maurice Lévy, patron de Publicis, l’agence de publicité mondialement connue. Mais dans les propositions, on reconnaît aussi la patte de Philippe Varin, le patron de PSA Peugeot Citroën.

Alors, quelles sont les priorités des grandes entreprises ?

La principale ne surprendra personne, mais on l’oublie ces temps-ci : la compétitivité de l’économie. Le déficit commercial court vers les 75 milliards d’euros. L’objectif ne surprendra pas non plus, c’est de se comparer à l’Allemagne. Par exemple sur le coût du travail. L’Afep assure que le coût d’une heure de travail (salaire net, charges patronales et salariales) est de 33 euros, contre 29 en Allemagne, alors que la France était moins cher de dix points il y a dix ans. Çà surprend ! La comparaison n’est pas faite avec l’Espagne ou avec la Chine, 4 euros, mais avec notre voisin. L’Afep s’en prend aussi au prix du modèle social français plus cher qu’en Allemagne où, pourtant, on vit aussi bien.

A partir de ce constat, que propose l’Afep ?

Baisser, d’abord, les dépenses publiques. On connaît le record tricolore dans ce domaine. Ensuite, revenir sur les 35 heures. Les multinationales disent que les cadres français, notamment, travaillent moins que les autres. Mais la proposition phare pour alléger le coût du travail est de transférer des cotisations payées par les seuls salariés, et d’abord celles liées à la famille, vers l’impôt payé par tous. En augmentant la TVA (à 21% contre 19,6 aujourd’hui), la CSG ou un impôt écologique.

Et ces propositions ont du sens, Dominique ?

La situation est grave : en 2000, 3,3 millions de voitures étaient fabriqués en France, aujourd’hui c’est 2 ; exemple peu connu, tous les producteurs de batteries auto ont quitté la France pour l’Allemagne, l’Espagne ou la Pologne. Le problème est donc réel. Cela dit, les entreprises ne peuvent ni renier leurs stratégies (Peugeot est plus resté en France que Renault) ni tout miser sur un transfert des cotisations vers l’impôt comme elles ont autrefois misé sur les dévaluations. La compétitivité, ce ne sont pas que les couts, c’est aussi la qualité, le design etc. Enfin, les grands groupes paient moins d’impôt que les PME, ce n’est pas normal. Sous ces réserves, le patronat a raison de parler de la compétitivité du système productif.

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