L’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Il y a eu hier dans toute l’Europe des défilés contre l’austérité. Question simple : les manifestants ont-ils raison de manifester ? Ils ont raison d’exprimer leur colère, leur amertume et leur incompréhension. Quand le taux de chômage augmente comme en Espagne et touche un quart des actifs, ces mouvements sont logiques. Mais la vraie question est de se demander s’ils ne se trompent pas quand ils accusent les politiques d’austérité. Et la réponse est pour l’essentiel oui, ils se trompent, parce que c’est trop facile. Partout, on accuse les coupes dans les dépenses, les hausses d’impôt. En réalité, la cause des difficultés économiques, c’est le d'abord le dégonflement inévitable des bulles constituées pendant les années de laissez-faire et d’illusions. En Espagne, pendant dix ans, on a construit cinq fois plus de logements que la normale, à crédit, n’importe comment. En Irlande, les ménages se sont endettés ; en Grèce, la croissance s’est faite par le déficit public avec des grands travaux et des hausses de salaire à crédit. Partout, les PIB ont été gonflés artificiellement. Accuser l’austérité d’aujourd’hui, c’est accuser un des remèdes tentés, pas la cause du mal. On peut constater que l’austérité ne marche pas bien pour guérir le malade, mais en faire le virus, c’est du mensonge. Si l’austérité etait responsable de tout. L Allemagne et les pays du nord iraient très malL’austérité n’aurait aucune responsabilité ? Je n’ai pas dit cela. Il y a question du dosage des efforts et du calendrier de l’effort. Il fallait, depuis deux ans, envoyer des signaux forts à tous ceux qui financent tous les jours les déficits, pour qu’ils continuent à le faire. Il a fallu du temps mais cette étape, grâce à l’appui de la Banque centrale européenne et au Traité budgétaire, est a priori (a priori) passée. Les créanciers sont rassurés : ils seront remboursés. Maintenant, on voit que trop de rigueur partout en même temps est contre-productive. Au cas par cas, en réalité, l’étau se desserre et devra se desserrer, autant que les marches le supportent : l’Espagne a obtenu un délai et il ne lui est pas demandé d’arriver coûte que coûte aux 3% de déficit. Mais, pour tous ces pays, la clé, cela reste de trouver un nouveau modèle économique et une compétitivité. Quelques grands travaux européens, pourquoi pas ? Mais avec quel argent ?N’y a-t-il pas d’autres solutions plus radicales et rapides ? Qui ne soit ni la saignée ni la morphine de la relance ? Il y a deux. Un : la dévaluation de la monnaie, l’euro. Il vaut 1,27 dollar. A 1,10, cela redonnerait le sourire aux exportateurs européens. Mais comment faire ? Les taux d’intérêt sont déjà au plancher. Deux : effacer les dettes. C’est ce qu’on entend pour la Grèce et on y viendra pour qu’elle reste dans l’euro. Mais ce sont les Européens qui paieront.Un mot pour finir : la France, elle, n’est pas en récession. Oui, c’était une crainte. Petit scoop : l Insee annoncera sur son site dans six minutes, à 7 h 30, que l’économie a progressé au 3ème trimestre. Soyons honnête : Pierre Moscovici, ministre des Finances, l avait prédit et on ne l’avait pas cru. Apparemment, il avait raison. À 11 heures, on apprendra que la zone euro, elle, est en récession.

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