Ce matin : le Maghreb peut-il devenir la base arrière de l’industrie française ?

L'inauguration, ce jeudi, du TGV Tanger-Casablanca par E. Macron et le Roi du Maroc.
L'inauguration, ce jeudi, du TGV Tanger-Casablanca par E. Macron et le Roi du Maroc. © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / POOL / AFP

On pose cette question à l’occasion de l’inauguration, aujourd’hui au Maroc, de la première de TGV en Afrique. Alstom a fourni les 12 rames de la nouvelle ligne entre Tanger et Kénitra, qui ramène le temps de parcours entre Tanger et Casablanca de presque 5 heures à deux heures. Les trains circuleront à 320 kms/heure. 

La France a financé la moitié du projet, mais la France est en train de faire du Maroc en particulier et du Maghreb en général une base arrière industrielle, son « hinterland », type de relations bien connu entre l’Allemagne et les pays d’Europe de l’Est. ou entre les Etats-Unis et le Mexique.

L’automobile est évidemment le secteur le plus concerné. Renault produit déjà plus de 300.000 véhicules (des Dacia) à Tanger, et vient d’annoncer le doublement de son usine de Casablanca. PSA démarre actuellement la production de sa 208 à Kénitra. 

Au total, 700.000 voitures sortiront chaque année à partir de 2022 des lignes marocaines des constructeurs tricolores. Les sous-traitants aéronautiques vont aussi au Maroc, comme ils vont actuellement en Tunisie, et le géant pharmaceutique Sanofi a inauguré en octobre en Algérie son plus grand complexe d’Afrique. 

Bref, il se passe quelque chose qui se vérifie très concrètement : les investissements directs français au Maghreb ont été multipliés par sept en 15 ans.

Est-ce une bonne chose ?

Evidemment, dans un premier temps, la réaction tentante est de fustiger les délocalisations notamment automobiles. Et il est indéniable que le nombre de véhicules fabriqués en France est bien plus bas qu’il y a quinze ans – ce n’est pas le cas en Allemagne. 

Mais la spécialisation de Renault et PSA dans les petites voitures pas chères rend logique le choix du Maghreb, où l’on parle français, où le coût du travail est moins élevé et qui est presque sur le même fuseau horaire. La gamme Dacia est d’ailleurs un succès mondial. Le débat est suffisamment vif ces jours-ci sur le prix des voitures à remplacer pour qu’un dessin ne soit pas nécessaire. 

Cela surprendra des auditeurs, mais Arnaud Montebourg, le héraut du made in France, défendait comme ministre de Bercy une alliance économique entre la France et un Maghreb dont la stabilité politique ne peut qu’un atout et un objectif. 

On est encore très loin des capacités de l’Europe de l’Est, mais un fil économique est clairement en train de se retisser avec le Sud.

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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