L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». Les députés ont donc voté hier soir le plan de 360 milliards d’euros pour sortir de la crise financière, mais sans les voix de la gauche. Ce n’est pas surprenant, mais c’est dommage. Ça n’est pas surprenant parce que le PS est en pleine préparation du congrès de Reims et que envoyer un signal qui aurait pu passer pour un soutien à Nicolas Sarkozy était au-dessus de leurs forces. Alors, globalement, les socialistes approuvent le plan, mais comme il est inscrit dans un collectif budgétaire, il y a le mot budget et qu’ils n’approuvent pas le budget, ils se sont abstenus. Eh bien, c’est dommage, parce que le gouvernement espagnol, socialiste, a présenté le même plan. Le gouvernement britannique, travailliste, a fait le sien. Bref, partout en Europe, la gauche a participé au sauvetage. Il y a un mois, le PS s’était déjà abstenu sur le RSA de Martin Hirsch, alors que la droite avait voté le RMI en 1988. Attention, la droite se trompe aussi : en 1999, elle avait voté contre la création par la gauche de la CMU, la couverture maladie universelle, qui constituait une réelle avancée, avec ses défauts. Les socialistes ont privilégié le contexte plutôt que le texte. Même si la période est différente et même si les Français peuvent évidemment s’interroger sur ce plan de sauvetage sorti du chapeau en quelques heures, il faut se souvenir des conséquences dans les années 1930 de l’absence dramatique de solution politique à la crise économique de 1929. S’abstenir quand on est sûr que le texte passera de toute façon, ce n’est pas très courageux. Pourquoi pas un vote pour, même avec des vraies réserves ? Voilà, c’est dit. Un autre sujet mériterait l’unité nationale : le chômage. Elle ne sera pas possible non plus, mais là, c’est plus logique. Le chômage revient, c’est à nouveau une certitude. Hier, le régime d’assurance-chômage a publié ses prévisions, et elles ne sont pas très roses. L’Unedic prévoit que le nombre de demandeurs d’emploi augmentera de 46.000 cette année - on y est presque - et de 41.000 en 2009. Cela paraît même un peu optimiste au vu de ce que l’on attend dans les entreprises, mais c’est en tous cas un tournant puisque entre 2006 et 2007, il y a eu 435.000 chômeurs en moins, à tel point que le taux de chômage est le plus faible depuis vingt-cinq ans. Pendant trois ans, la baisse a été continue, le sujet avait presque quitté le débat public, et puis le revoilà. La lutte pour l’emploi va donc revenir au premier rang des priorités. Le problème est qu’on a l’impression que ce qui doit être fait avance lentement, trop lentement. On peut citer deux exemples. La fusion de l’ANPE et de l’assurance-chômage est sur la table depuis janvier 2007, quand Jacques Chirac en a parlé pour la première fois. L’objectif est d’assurer un meilleur accompagnement des demandeurs d’emploi. Nicolas Sarkozy l’a relancée quand il a été élu - nous sommes fin 2008 - la fusion sera effective le 1er janvier, mais les changements concrets n’auront pas lieu avant encore des mois. Ah si, on connaît depuis hier soir le nom de l’organisme fusionné, « Pôle emploi ». Il a fallu quatre mois pour le trouver ! Deuxième exemple, le patronat et les syndicats se retrouvent aujourd’hui pour négocier une nouvelle convention d’assurance-chômage, qui fera évoluer l’indemnisation et l’accompagnement, peut-être baisser les cotisations. C’est essentiel. Mais, c’est un secret de Polichinelle, il ne se passera rien avant les élections prud’homales de début décembre. Donc rien avant Noël. On a parfois l’impression qu’il y a un peu de temps perdu.

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