**On l’a appris hier : les établissements financiers de Wall Street pourraient verser 140 milliards de dollars à leurs salariés, un record.Ce n’est effectivement pas le chiffre qui est important, un chiffre qui totalise les salaires, les bonus, les avantages retraites, santé etc, c’est bien le fait qu’il s’agisse d’un record. Cette enveloppe est en hausse de 10 milliards par rapport à 2007, déjà une année record, et de 23 milliards par rapport à 2008. Ce sont des calculs du quotidien des affaires américain le « Wall Street Journal », certes non certifiés, mais tout le monde a compris : alors que la planète financière a échappé à l’arrêt cardiaque, que les contribuables ont apporté des aides considérables, que le chômage grimpe, les banques d’investissement-pyromanes, recommencent comme avant. Et même, elles adressent un pied de nez à tous ceux qui appellent à plus de raison, aux opinions, aux gouvernements, surtout européens. C’est choquant et indécent, d’autant plus que les joueurs, si on peut dire, sont, depuis la faillite d’un certain nombre d’établissements comme Lehman Brothers, moins nombreux à se partager le gâteau. Et qu’ils ont joué avec de l’argent qui était celui des contribuables. C’est choquant, mais est-ce que c’est étonnant ? Non. D’abord à cause, même si c’est curieux à dire, de la conjoncture financière. En 2008, le krach avait arrêté toutes les opérations, en 2009, les entreprises ont émis des actions, des obligations, profitant de taux d’intérêt bas. Là-dessus, les banques d’affaires ont fait … des affaires. Sur un terrain politique, ce n’est pas étonnant non plus parce que le G20 de Pittsburgh n’a pas plafonné les rémunérations des banquiers. Il a étalé leur paiement dans le temps, mais il a surtout posé des garde-fous et des clignotants pour éviter un nouveau cataclysme financier, jugeant cela plus important que la limitation des revenus, sujet relevant aux Etats-Unis de la morale. Barack Obama n’a pas voulu ou pu affronter les milieux d’affaires dont il a besoin pour faciliter le crédit. Et, pour lui, la réforme de la santé est prioritaire. Cela étant, il est possible – je dis possible – que ces largesses soient plus difficiles à l’avenir parce que les banques devront présenter un bilan de santé plus exigeant, les réformes sont en cours. Les banques européennes auront les mêmes largesses ? Elles pourraient, car leurs résultats sont bons. Mais en Europe, le poids des responsables politiques et des opinions publiques devrait calmer les ambitions. Cela étant, ce qui est insupportable, c’est la comparaison entre les banques américaines, qui veulent fermer la parenthèse, et le reste de l’économie, aux Etats-Unis et en Europe, qui est toujours dans la parenthèse sans être certain même qu’il s’agit d’une parenthèse. L’industrie voit que ses concurrents asiatiques sont déjà revenus à leur niveau d’activité d’avant la crise, alors qu’en Europe, on est encore entre 7 et 20% en dessous - 10% en France. Et chacun sait que des usines parties ou détruites ne reviendront pas. On les comprend donc si ces 140 milliards, ce matin, restent en travers de la gorge d’un certain nombre de dirigeants de grandes entreprises ou de PME. Hier, vous annonciez que le tabac pourrait être vendu sur Internet, projet démenti par le gouvernement. Que s’est-il passé ?Il s’est passé que le ministère du Budget réfléchissait effectivement à ce projet, mais encore à un stade technique, et qu’il n’a pas été suivi par Matignon et l’Elysée quand ils l’ont appris avant-hier soir, ce qui arrive souvent dans la vie d’un gouvernement. Nous sommes allés un peu plus vite que la musique. Un peu trop vite.**

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