L’Union européenne a obtenu le prix Nobel de la Paix. Aurait-elle pu avoir le Nobel d’économie ? Pour vous, la réponse n’est pas si claire qu’elle en a l’air…

La réponse paraît aller de soi : c’est non ! Un continent en quasi-récession, avec certains Etats au bord de la faillite, un continent qui n’a pas une mais dix politiques économiques, qui traverse une crise existentielle, ce continent ne peut pas avoir le Nobel d’économie. Sans compter que formellement ce Nobel est toujours attribué à des personnes - pas à des institutions. Le prix sera d’ailleurs décerné aujourd’hui et on sait qu’un Français, Jean Tirole, est sur les rangs. Pourtant, la question sur l’Europe n’est pas si idiote que ça. En tous cas, elle suscite plusieurs réflexions.

La première est liée est l’euro-bashing - la critique systématique - dont l’Europe est l’objet.

Oui, ce qui est extraordinaire est la façon dont a été reçu ce prix Nobel de la Paix. Ironie, sarcasmes, indifférence ; pas de Manchette à la Une du Monde ou du Figaro , les deux grands quotidiens nationaux. Pourtant, l’apport de l’Union à la paix, à l’extension de la démocratie, au Sud et à l’Est, ne fait aucun doute. Et en économie direz-vous ? L’Europe, en dépit de ses difficultés, reste la première puissance économique et le continent le plus protecteur pour les droits sociaux. Avec une dizaine de langues différentes et sans ressources de matières premières, c’est pas mal.

Deuxième vertu du Prix Nobel : resituer l’histoire européenne dans le temps long.

Nous avons les yeux rivés sur l’horizon du prochain indicateur statistique. Nous sommes victimes – notamment nous les journalistes - du courtermisme, de la dictature de l’urgence comme l’analysait un livre de Gilles Finchelstein. Ce Nobel de la paix remet en perspective soixante ans d’histoire. En économie aussi , on peut dire que l’Europe a été un modèle pour rapprocher les niveaux de vie, développer les échanges, les infrastructures, les autoroutes etc. Nous avons les yeux scotchés sur ces cinq terribles dernières années, mais elles apparaîtront peut être un jour comme un accident, rien de plus.

Troisième réflexion de votre édito optimiste, sur le lien entre paix et économie.

Est-ce la paix qui, depuis la déclaration Schuman de 1950, a favorisé l’économie ; ou est-ce les liens économiques qui ont maintenu la paix ? C’est la poule et l’œuf, mais il est clair que l’économie a eu un rôle clé. Maintenant, pour mériter un jour réellement le Nobel, l’Europe a le défi de rester en première ou deuxième division et ne pas être rétrogradée en 3ème division. Mais la clé est cette fois politique. Car c’est du côté politique que cela ne suit pas. Regardez la fusion EADS-BAE bloquée par le gouvernement allemand.

Mais faut-il rêver d’un Nobel d’économie pour l’Europe ?

Juste pour rire, non ! Depuis 15 ans, des Américains ont toujours été récompensés. Et c’est des Etats-Unis qu’est partie en 2008 la plus grave crise financière de l’après-guerre !

Pour finir, vous avez sursauté à la lecture d’une expression utilisée par Laurence Parisot…

Oui, dans Le Figaro , la présidente du Medef fustige « l’ignorance économique dans laquelle les Français ont été maintenus depuis des années est scandaleuse et explique ce grand bordel intellectuel actuel ». Eh bien, ce genre d’expression, on ne l’avait jamais entendue…

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