Dominique Seux commente ce matin un sondage qui montre que trois Français sur quatre estiment payer trop d’impôts. C’est une enquête Ipsos publiée hier dans Le Monde qui est intéressante, dont les résultats, s’ils ne sont pas tous étonnants, sont en revanche inquiétants. Elle prouve qu’il monte une vraie fracture fiscale dans le pays – ou plutôt qu’il y a une double fracture fiscale et un gros malentendu sur la question des impôts. Alors, d’abord des éléments factuels : Trois Français sur quatre jugent, effectivement qu’ils paient trop d’impôt - ça, ça ne veut pas dire grand-chose parce qu’on ne sait pas si c’est plus ou moins qu’il y a cinq ou dix ans. Mais trois sur quatre aussi disent qu’ils contribuent plus à la solidarité qu’ils n’en retirent d’avantages et, enfin, pour neuf Français sur dix, les impôts sont mal utilisés.La première fracture fiscale, c’est celle des chiffres. Oui, parce que le ressentiment contre les impôts n’est pas seulement une lubie de sondeur, de médias en quête de ventes ou d’un Pierre Moscovici qui, le premier, a parlé de ras-le-bol fiscal. Il ne sort pas du néant. Car il y a un avant et un après 2011-2012. Avant, c’est-à-dire depuis vingt ans, les prélèvements obligatoires tournaient autour de 42-44% de la richesse nationale du PIB. Là, après, ils sont passés à 46%. C’est un record historique et cela se ressent dans les vies de chacun, individuelles. Avant, après, voilà la première fracture.La seconde fracture est politique.

Il y a la fracture, béante, entre la gauche et la droite. Le niveau de rejet du niveau actuel des impôts est de 48% chez les électeurs socialistes (c’est déjà beaucoup) mais de 79% chez les électeurs UMP et encore plus chez ceux du Front National. Après, comment interpréter ces résultats ? Les électeurs de droite sont-ils plus aisés et donc paient-ils plus d’impôt ? C’est possible ! Ou y-a-t-il plus de solidarité presque génétique d’un côté, plus d’individualisme de l’autre ? Il faudrait enquêter. Quoi qu’il en soit, voilà une vraie fracture politique. Mais il y a une réconciliation possible : 80% de l’opinion critiquent la politique fiscale de François Hollande.Vous avez dit aussi que ce sondage révèle un malentendu. Le paradoxe est que le mot impôt est vague. Les Français pensent à la TVA, aux droits de succession, à l’impôt sur le revenu, etc. Mais il faut savoir que ces impôts-là, ceux qui financent l’Etat ont plutôt tendance à baisser depuis vingt ans. Ce sont les prélèvements des collectivités locales et, surtout, la sécurité sociale, qui grimpent. Ce sont les cotisations sociales et la CSG. Les Français pensent aux voitures des ministres et aux ronds-points, mais l’essentiel des prélèvements financent nos prestations sociales. Y en-t-il trop, voilà la question.Tout ceci est quand même inquiétant… ? Le consentement à l’impôt est le fondement de la démocratie et de la politique. Or, les Français ont bien compris, et acceptent mal, cette vérité terrible : les hausses d’impôt ne financent pas des projets et l’avenir mais bouchent les trous de nos lâchetés d’hier. C’est pourquoi ce sondage nous dit : attention danger.

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