Chacun a noté que l’Etat a changé de ton depuis quarante-huit heures. Et chacun se demande s’il est train de lâcher le PDG Alexandre de Jugniac. En fait, le pouvoir corrige d’abord sa propre erreur de communication – en tous cas c’est ce qu’il dit et croit. Mardi il y a dix jours, au retour d'un voyage au Japon, le sang de Manuel Valls n’avait fait qu’un tour en voyant les violences, et il les avait condamnées avec des mots justes et forts. Avant-hier, la déclaration de François Hollande à Saint-Nazaire sur les violences partagées (je résume) visait, nous dit-on, à recentrer la com face aux syndicats. Sauf que bonne élève et parfois imprévisible, Ségolène Royal est allée hier un peu plus loin, en parlant de la suspension du plan de licenciements. Propos que Manuel Valls a lui-même atténué hier après-midi : le plan de restructuration « peut » (peut) être « évité ». Honnêtement, les ambiguïtés de l’Etat actionnaire qui court derrière la CGT et Jean-Luc Mélenchon redent sa stratégie illisible.

Voilà pour le ton… et l’intox ?

L’intox, c’est quand on parle un peu partout de 2.900 licenciements. La réalité, c’est que la direction envisage, au pire, 2.900 suppressions de postes (c’est grave, c'est douloureux), mais avec pour l’essentiel des départs en retraite non remplacés ou des départs volontaires s’agissant des personnels au sol. La catégorie éventuellement touchée par des licenciements, ce serait les pilotes, 300 personnes, et peut-être quelques autres navigants. Il est vrai que ce serait un tournant puisque si les effectifs de la compagnie ont fondu de plus de 10.000 postes depuis dix ans, il n’y a pas eu un seul licenciement. Autre désintox, rappelons que le cœur de la négociation concerne le fait que les pilotes long courrier passent de 50 à 56 vols par an, pas plus.

Le ton, l’intox - et le fond, donc ?

Le fond, c’est que les représentants de l’Etat au conseil d’Air France ont voté il y a des semaines le plan B de restructuration en cas d’échec des négociations avec les pilotes avec lequel il paraît prendre ses distances aujourd'hui ; le fond, c'est qu’un nouveau conseil d’administration se réunit aujourd’hui, et que les discussions vont reprendre jusqu’au 1er janvier. En attendant, économiquement, les comptes ne sont toujours pas bons et les coups de menton et les coups de manche politiciens n'y changeront rien.

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