La décision de mettre en oeuvre le couvre-feu se comprend sur le plan sanitaire : il s'agit de réduire les interactions sociales. Mais sa traduction concrète est aussi le résultat de compromis discutables pour la culture, les transports et les jeunes;

Avant même les questions précises, un constat : les nouvelles règles sanitaires font que les prévisions économiques de ces dernières semaines sont obsolètes – forcément obsolètes. Quelle que soit sa taille, la deuxième vague va inévitablement affaiblir la reprise. Tout l’enjeu est que cela ne concerne qu’un nombre limité de secteurs d’activité et qu’il n’y ait pas une économie en W, qui retombe partout après le rebondissement post-confinement. 

Est-ce possible ? Pardon de ce truisme, mais le retour de la peur n’est pas bon pour la confiance et qui dit absence de confiance dit économie flageolante. Bref, en un mot comme en cent, on s’en serait bien passé. 

Maintenant, quelles trois questions ? 

1- La première consiste à se demander dans quel état sortiront les bars cafés restaurants, les théâtres, les salles de concert, les cinémas etc. de cette période. Le patronat de la restauration s’est battu jusqu’à la dernière minute pour que le couvre-feu tombe à 23 heures, et il a perdu. Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture, était contre le couvre-feu, et elle l’a dit. Avant même le sujet financier et de survie, on doit exprimer (forcément) une grande solidarité avec tous ceux qui travaillent dans ces secteurs sans compter leur temps. Un couvre-feu à 21 heures, c’est une heure « en même temps » : une poire mal coupée en deux. 

2- La deuxième question ? Elle concerne le télétravail. Emmanuel Macron, tout en disant que deux trois jours par semaine chez soi ce serait bien, a lancé un appel tellement alambiqué à en faire que tout le monde a compris que ce n’était pas un appel. C’est ce que souhaitaient les entreprises : ne pas rebasculer vers trop de télétravail. Et pourtant, selon l’association des DRH, 15% des salariés seulement télétravaillent actuellement. Ce n’est pas assez quand on sait que le sujet clé est d’alléger la fréquentation dans les transports publics. Le président est passé à côté. 

3- La troisième question économique et sociale porte sur les jeunes. Un coup de pouce temporaire au RSA est donné, mais la disparition de centaines de milliers de jobs d’étudiants dans les secteurs des événements, de la culture et de la restauration leur pose un énorme problème de revenu. Il y a là un trou dans la raquette. 

Au total, le couvre-feu sanitaire a été décidé pour éviter demain un couvre-feu économique complet. Mais il ne faut laisser personne dans la rue.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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