« L'édito éco » de Dominique Seux du journal "Les Echos". Les ministres européens des Finances étaient réunis samedi à Nice, pour chercher une réponse à la crise économique en Europe. S'ils avaient trouvé une recette magique, on en aurait sûrement entendu parler ! Mais cela ne veut pas dire qu'il ne s'est rien passé. D'abord, c'est un lieu d'échange, ça permet aux ministres de l'économie de toute l'Europe de faire le point, de comparer leurs situations respectives et de voir, en l'occurrence, que ça ne va pas très fort. Ensuite, pour répondre à votre question, ils ont évidemment beaucoup discuté de la meilleure potion anti-crise possible. Et ils sont arrivés à une conclusion qui paraîtra évidemment un peu terne parce qu'elle est « raisonnable », c'est un nouveau " ni- ni ". Un peu comme en France, ni relance, ni rigueur. Ils ont dit non à un vaste plan de relance à l'américaine, avec des baisses d'impôts pour tous, ou à la japonaise. Ils ne croient pas que ce genre de plan - ou des grands travaux - a des effets durables et puis les déficits publics sont déjà élevés. Mais ils disent non aussi à plus de rigueur. Et ça, c'est nouveau. Concrètement, quand l'économie ralentit, les recettes fiscales rentrent moins bien. Donc, si on ne fait rien, les déficits augmentent mécaniquement. Eh bien, tant pis, on laissera faire, on n'essaiera pas de corriger, ça soutiendra un peu l'activité. Cela a un nom un peu barbare que connaissent bien les étudiants en économie, les stabilisateurs automatiques. Bref, en termes simples, les déficits sont subis, pas voulus. Voilà donc le message : ni relance - ni rigueur. Et à qui s'adresse ce message ? C'est là que c'est un peu plus subtil, et que cela mérite d'être décrypté. Le message s'adresse d'abord aux Etats qui ont des difficultés avec leurs budgets, comme la France. Christine Lagarde est repartie avec l'idée qu'il y aurait moins de pression sur le niveau des déficits publics. Mais les autres pays lui rappellent qu'il n'est pas question de les laisser déraper au dessus de 3% du PIB. Mais le vrai message de Nice de ce week-end s'adresse à... Jean-Claude Trichet, le gouverneur de la Banque Centrale Européenne. Tout le but implicite de cette réunion, c'était de le rassurer, pour qu'il assouplisse sa politique monétaire, qu'il baisse ses taux d'intérêt, et donc que le coût du crédit diminue - ce qui est bon pour l'économie. Et les ministres n'ont pas lésiné. Ils ont écarté la relance. Ils ont évité de critiquer la BCE, vous aurez remarqué qu'on entend plus Nicolas Sarkozy sur ce thème, les ministres l'encensent même. Ils ont même promis de tenter de convaincre les syndicats qu'il faut éviter trop de revendications sur les salaires parce que cela accélérerait l'inflation, l'ennemi juré de Trichet. Est-ce que cette opération séduction peut marcher ? C'est réducteur de présenter les choses comme cela, ce n'est pas un concours de beauté. Mais la tactique a changé. Une partie des pays sont convaincus que la BCE a fait une erreur en augmentant ses taux d'intérêt le 3 juillet, à 4,25%. Depuis, l'inflation s'est un peu tassée, le prix du pétrole a reculé et on voit bien que la menace sur la croissance est plus forte. Mais personne ne le dit, tout le monde soutient officiellement la banque centrale parce qu'elle déteste qu'on lui force la main. Mais tout le monde espère surtout qu'elle baissera ses taux avant la fin de l'année. On verra si cette nouvelle méthode marchera. Et puis, il faudra tenir compte de la nouvelle donne financière de cette nuit.

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