Nicolas Sarkozy a présenté hier sa réforme des aides à l’accession à la propriété. Est-ce un vrai changement ?

Oui, sans être une révolution copernicienne, c’est un vrai changement qui aura des conséquences pour des centaines de milliers de ménages. Je ne vais pas rentrer dans les détails. Il suffit de retenir qu’une nouvelle aide, le PTZ+, le prêt à taux zéro+ - prêt à taux zéro, cela veut dire prêt à taux d’intérêt zéro - , que ce prêt remplacera trois dispositifs : le prêt à taux zéro de base, le Pass Foncier et le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt, qui est le plus connu. Ce PTZ+ sera réservé aux primo-accédants, ceux qui achètent un appartement ou une maison pour la première fois ; il sera attribué à tout ceux qui le souhaitent. Et le montant du prêt pourra atteindre (dans le cas le plus favorable) jusqu’à 140 000 euros dans le neuf – contre 30 000 euros actuellement. Le calibrage, comme on dit, permettra aux ménages disposant de deux à quatre Smic mensuels d’en bénéficier.

Voilà pour le mécanisme, mais quelle analyse peut-on en faire ?

Le premier point est que si une réforme est annoncée, c’est que ce qui existait jusqu’à maintenant ne fonctionnait pas (une lapalissade !). Or, le dispositif actuel, c’est celui créé en 2007, par le fameux paquet fiscal. C’est donc un acte d’autocritique du chef de l’Etat – et (j’ajouterai) d’autant plus bienvenu que ce qui est arrivé était prévisible et annoncé. La déductibilité des intérêts d’emprunt coûte extraordinairement cher à l’Etat (plusieurs milliards d’euros) et elle concerne aussi des ménages qui, honnêtement, n’en ont aucunement besoin. Cela dit, je rassure les bénéficiaires, tous ceux qui ont acheté un logement avant le 31 décembre 2010 continueront à en bénéficier pendant les années à venir. Pour le reste, le nouveau dispositif est mieux orienté – il est du reste bien accueilli par les professionnels du logement.

Pas de réserves donc ?

Je ne ferai pas mon travail si je n’en faisais pas ! Un : la réforme ne permettra pas vraiment d’économies pour le Budget de l’Etat. En tous cas, pas d’économies avant 2018, ce qui n’est pas immédiat, et (les économies) c’était quand même un des objectifs. Deux : (mais çà, le gouvernement n’y peut pas grand-chose), on ne peut pas demander plus aux aides au logement qu’elles ne peuvent offrir ; les prix de l’immobilier ont été multipliés par 2,5 depuis quinze ans : les aides ne vont changer cette donne là. Le vrai levier, c’est l’action sur le foncier, sur l’urbanisme, sur la disponibilité des terrains en ville ou encore sur la hauteur des immeubles. C’est une question qui regarde l’Etat mais aussi les élus locaux.

Dernier point : avec cette réforme, Nicolas Sarkozy en a-t-il fini avec les annonces de la rentrée ?

Il y aura bien encore quelques mini-annonces fiscales. Mais c’est vrai que la réforme (contestée dans la rue) des retraites est connue (même si elle évoluera un peu au Sénat) et que le Budget l’est presque entièrement. Pour évoquer l’une et l’autre, mais aussi la sécurité, le chef de l’Etat devrait faire une intervention télévisée assez rapidement, après la journée de manifestation de jeudi prochain. La première depuis deux mois et demi. Ce n’est pas parce que je parle d’économie que je ne peux pas donner une information politique !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.