Trois ans jour pour jour après la faillite de la banque Lehman Brothers, quelle est la communication de Nicolas Sarkozy sur la crise ?

Parce que tout le monde peut remarquer que le chef de l’Etat, qui était beaucoup intervenu pendant l’automne 2008, au début de ce que l’on appelle la Grande Récession, est très discret aujourd’hui. Il y eu hier soir ce communiqué franco- allemand assurant que la Grèce resterait dans la zone euro. Mais il n’y a pas, pour l’instant, l’équivalent du grand discours de Toulon par lequel il avait, avec la plume d’Henri Guaino, solennellement signalé l’ampleur de la crise et promis aux Français que leurs économies seraient préservées. Les Français ont peur, avait-il lancé. Cette fois-ci, silence jusqu’à maintenant, sur la conjoncture, les banques, la Grèce. La déclaration envisagée mardi a été annulée. Seuls François Fillon et François Baroin s’expriment. Cette attitude contraste avec ce qui se passe en Allemagne : Angela Merkel s’exprime quatre fois par jour, ses ministres encore plus.

Nicolas Sarkozy a-t-il raison de choisir cette discrétion ?

Elle est très calculée. Le président estime qu’il ne sert à rien de s’exprimer tant que l’on n’a pas de solution à présenter, sinon on ne fait qu’embrouiller les choses et paniquer les marchés. L’Elysée se réjouit tous les jours de ne pas avoir en France de cacophonie comme en Allemagne. La communication est même particulièrement verrouillée pour éviter les bourdes. Au petit déjeuner de la majorité mardi, Nicolas Sarkozy a averti ses invités qu’il ne parlerait pas de la crise parce que, je cite, chacun connaît la porosité de nos échanges. Et de fait, c’est vrai qu’Eric Besson disant que la recapitalisation des banques était « prématurée », cela a fait des vagues. Prématurée ? Cela veut dire qu’elle aura lieu… Donc, on comprend ces raisons de discrétion.

Mais vous semblez réticent quand même ? !

Oui ! Je peux me tromper bien sûr et vous me direz qu’un journaliste, par définition, pense cela, mais il est étrange que le chef de l’Etat, qui s’exprime sur beaucoup de sujets – encore les mineurs délinquants mardi – ne dise rien sur le sujet principal. D’où vient cette nouvelle étape de la crise ? Quelle position de la France sur la Grèce ? Sur l’Europe ? Les banques ? Certes, l’entourage du chef de l’Etat, les ministres, la Banque de France, parlent beaucoup en “ off ”, trop inquiets que seule la version des marchés ou anglo-saxonne soit reprise. Mais cette discrétion a un autre inconvénient : elle laisse l’impression, aux Français mais aussi aux autres européens, que Berlin à définitivement la main. Alors que Paris, depuis deux ans, a constamment rattrapé Angela Merkel par la manche.

Donc, Nicolas Sarkozy devrait parler, selon vous, mais pour dire quoi ?

Ce qu’il veut ! Mais au moins une chose : il vaut mieux une souveraineté partagée entre Européens qu’une souveraineté déléguée aux agences de notation et aux marchés.

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