Vous commentez le rachat, hier, de l’américain Monsanto par le chimiste allemand Bayer.

Bayer rachète Monsanto
Bayer rachète Monsanto © Maxppp / OLIVER BERG

Bayer, un des géants mondiaux des pesticides et de la pharmacie (qui a inventé l’aspirine), rachète Monsanto. Monsanto dont les spécialités mondialement connues sont les herbicides - le fameux round-up- et les OGM, organismes génétiquement modifiés, les semences résistantes aux maladies. Montant du deal : près de 60 milliards d’euros, la plus grosse opération jamais lancée par un Allemand. Et on se dit : pourquoi Diable une entreprise allemande, pays qui aime a priori la nature et les petits oiseaux, veut avaler Monsanto, une des marques les plus haïes de la planète par les écologistes, qui a une réputation épouvantable et des casseroles, de l’agent orange au Vietnam aux hormones de croissance bovine ?

Et la réponse ?

Je vous donne la réponse de Bayer : elle est de plusieurs ordres. Stratégique : la population de la planète va passer de 7 à 9 milliards mais la surface cultivée va nettement baisser dans les trente ans à venir. Conclusion : il faut que les rendements de l’agriculture augmentent. D’où l’agrochimie et les OGM. Réponse financière : s’endetter ne coûte rien, autant y aller. Réponse défensive : il y a beaucoup de concentrations dans le secteur, chacun a peur d’être avalé tout cru.

Et c’est convaincant ?

Si vous demandez si l’opération va marcher, les risques sont énormes, et d’abord de réputation pour Bayer. De plus, les autorités de la concurrence la bloqueront peut-être. Au-delà, il est sûr que les agriculteurs n’ont aucune raison de se réjouir qu’un groupe mondial domine le marché des semences, des engrais et des pesticides. Ils seront affaiblis et les positions dominantes ne sont jamais bonnes. Maintenant, au risque de choquer, disons aussi une autre chose plus froide. Un : seuls des grands groupes qui ont beaucoup d’argent peuvent mener des recherches qui permettront de nourrir 9 milliards d’habitants – des recherches y compris dans le domaine génétique. Les biotechs et le bio le pourront peut-être un jour, mais on n’y est pas du tout. On a peu commenté en Europe qu’une centaine de Prix Nobel, début juillet, ont publié un appel pro-OGM. Appel controversé, mais il existe. Il faut qu’il y ait d’un côté une pression indispensable de l’opinion, des ONG, des pouvoirs publics réellement indépendants pour surveiller de très près ces entreprises et de l’autre des entreprises qui mènent des recherches.

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