Ce matin, vous nous parlez de la croissance française qui a été de 0,6% au deuxième trimestre… Le gouvernement s’en est félicité, le PS affirme que c’est inquiétant… mais où en est vraiment l’économie française? Comme toujours avec les chiffres, chacun voit midi à sa porte. Je vais vous donner un petit exemple de manipulation. Version militant UMP : 0,6%, c’est trois fois plus qu’au premier trimestre, ça fait 2,4% en rythme annuel, mieux que la moyenne de ces dix dernières années et c'est grâce à l’action du gouvernement. Version économiste standard : on a fait 0,8% sur la première moitié de l’année, c’est à peu près conforme aux prévisions. Certes, c’est de la croissance, mais de la croissance lente. Version PS : c’est inquiétant, les exportations flanchent, la croissance aurait été nulle sans la hausse des stocks, c’est la faute au gouvernement. Toutes ces informations sont vraies. La réalité, c’est que la France connaît une petite croissance après une grande récession, et que l’action du gouvernement explique une petite partie de cette petite croissance. C’est mieux qu’en 2009, ça suffit à créer des emplois mais pas assez pour réduire le chômage. Et encore moins pour rééquilibrer les comptes publics. Le gouvernement doit donc soutenir à nouveau l’activité? Il l’a beaucoup fait l’an dernier. Et même avant. Depuis trente ans, nous sommes les champions de la relance en Europe. A gauche comme à droite, on a multiplié les plans. Et au bout du compte, nous avons eu exactement la même croissance, au dixième près, que la moyenne de la zone euro. Mais avec une dette publique très alourdie. La priorité est donc plutôt à la baisse du déficit public. Le gouvernement l’a promis à Bruxelles, et aussi aux investisseurs qui lui prêtent des centaines de milliards d’euros. Là où ça se complique, c’est qu’il espérait une forte croissance à partir de l’an prochain, qui ferait pleuvoir l’argent dans les caisses pour réduire le déficit. Avec les chiffres publiés vendredi dernier, plus possible de le nier : l’espoir d’une accélération rapide de la croissance, à 2,5%, est vain. Pour garder la confiance de ses prêteurs, l’Etat va donc devoir trouver un autre moyen l’an prochain. Et là, il n’y a que deux possibilités : réduire la dépense publique ou augmenter les impôts. Un choix difficile juste avant une élection présidentielle. Mais l’Allemagne semble avoir trouvé une autre voie… C’est vrai que notre voisin est l’homme en forme du Continent. Sa production a bondi de 2,2% au printemps. Sa machine à exporter fonctionne à plein vers des pays émergents qui vont à toute allure. Mais il faut bien voir que si l’Allemagne remonte plus vite que nous aujourd’hui, elle avait beaucoup plus baissé l’an dernier. Résultat : au deuxième trimestre 2010, la production a été inférieure de 2,2% à celle du premier trimestre 2008 en France et de 2,8% en Allemagne. Et quand on regarde sur dix ans, la croissance française a été sensiblement supérieure à la croissance allemande. Simplement, nous n'avons pas le même moteur que nos voisins. Nous tournons au diesel, plus résistant en temps de crise. Eux tournent à l’essence. C’est plus vif à l’accélération. Mais aussi plus fragile, plus dépendant de ce qui se passe dans le monde. La France a des leçons à prendre en Allemagne, mais aucun intérêt à copier son modèle.

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