Le marché de la voiture électrique s'est emballé cet été en France. Est-ce que c'est le début du grand basculement automobile ? Pas si vite papillon ! Alors oui, Peugeot et Citroën ont vendu plus de 1.400 voitures électriques depuis fin juin. Et la vraie nouveauté, c'est que des particuliers ont acheté alors que le succès se limitait pour l'instant aux entreprises, comme La Poste qui prévoit d'avoir 15.000 véhicules électriques, ou à l'autopartage, comme le parisien Autolib. Mais ce changement confirme surtout que les soldes fonctionnent. Peugeot a pratiquement divisé le prix de sa petite iOn par trois. Après déduction de la subvention de 7.000 euros généreusement accordée par l'Etat, ce bijou électrique était à 10.900 euros pour un prix catalogue de 29.500 euros. Si on ajoute le faut que le kilowatt consommé coûte quatre à cinq fois moins cher que le gazole ou l'essence pour la même distance parcourue, on avait là les conditions d'un vrai succès populaire.Et ça pourrait continuer sur cette lancée ? Absolument pas. Car à moins de 11.000 euros, on ne voit pas du tout comment Peugeot fait pour ne pas perdre d'argent. Il s'agit en fait d'une banale opération de déstockage. Le constructeur français n'arrivait pas à vendre ses voitures électriques, et il craignait de se retrouver avec des milliers d'invendus alors que son concurrent Renault va lancer à l'automne sa Zoé elle aussi électrique, mise en vente au prix d'une Clio de base, soit moins de 14.000 euros. La meilleure preuve que Peugeot n'est pas très optimiste sur la suite des événements, c'est qu'il a annoncé la semaine dernière qu'il suspendait ses commandes auprès de son partenaire japonais Mitsubishi, qui assemble en réalité la iOn. Pourquoi la voiture électrique ne parvient-elle pas à percer, alors ? Si j'étais un vil provocateur, je dirais que c'est simplement parce que l'essence ne vaut pas assez cher. Mais ce n'est pas la seule raison. Le maître mot, ici, c'est au-to-no-mie. On roule avec la hantise de la panne. Avec la iOn, on ne dépasse guère les 100 kilomètres et encore, il faut ne pas trop se servir du chauffage ou des essuie-glaces. Ensuite il faut des heures pour faire le plein, et à condition d'avoir trouvé une prise de courant.Et donc, la voiture électrique, « ça ne marchera jamais » , pour reprendre le slogan publicitaire d'un constructeur automobile. Ca ne marchera jamais... si rien ne change. Mais il y a au moins trois sources de changement qui pourrait bouleverser la donne.D'abord, une innovation majeure sur les batteries qui stockent l'électricité. C'est le point de blocage absolu pour l'instant. Ensuite, le développement de nouveaux réseaux. Les uns rêvent d'installer des prises à voitures partout. D'autres envisagent des stations électricité où l'on changerait la batterie en un clin d’oil. Tout ça suppose la construction de réseaux, ça peut devenir rentable quand il y aura une forte demande pour la voiture électrique. Enfin, le mode de consommation de l'automobile pourrait lui-même changer, sous la pression financière. On n'achèterait alors plus une voiture, mais un service de transport. Et il faut savoir que pour assurer le service que rendent aujourd'hui les automobiles, la voiture électrique suffit neuf fois sur dix.Plus prosaïquement, quel est l'enjeu pour les constructeurs ? Enorme. Peugeot a investi des centaines de millions d'euros dans cette voie. Renault et sa filiale japonaise Nissan, eux, misent huit à dix fois plus, avec des modèles qui seront sur le marché à partir de l'an prochain. Ici, c'est carrément l'avenir du groupe qui est en jeu. Avec une prise de risque admirable et terrible à la fois: le risque d'avoir raison trop tôt.

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