Une petite banque allemande vient d'annoncer qu'elle taxera de 0,4% par an les dépôts de ses clients, au-delà de 100.000 euros.

Est-ce que ça va donner des idées aux banques françaises?

C'est le monde à l'envers. Avant, les banques versaient des intérêts à leurs clients qui plaçaient de l'argent chez elles. Maintenant, elles veulent leur en prendre. Alors, rassurez-vous. On n'en est pas encore là en France. Votre livret A devrait continuer à vous rapporter un petit quelque chose, d'autant plus qu'il est plafonné à 22.950 euros.

Mais l'Allemagne est souvent en avance sur ce qui se fait en France...

C'est souvent le cas dans l'industrie, pas dans la finance. Les banques petites et grandes sont plus fragiles en Allemagne qu'en France. Mais en réalité, là je ne vais plus vous rassurer, les banques françaises font la même chose que leurs consœurs par d'autres moyens. Elles n'en sont pas encore à taxer les dépôts, mais celles qui n'avaient pas imposé à leurs clients de frais de tenue de compte ont tenté d'en créer, et celles qui en avaient déjà les ont augmentés. Le résultat est le même: nous payons davantage pour le même service.

Cet argent gonfle-t-il les profits des banques?

Disons qu'il sert à freiner l'érosion de leurs bénéfices. La vraie cause de cette stratégie bancaire, ce sont les taux d'intérêt négatifs voulus par la Banque centrale européenne pour soutenir la croissance et les pays aux finances publiques fragiles comme la Grèce, l'Espagne ou l'Italie. Quand les banques déposent leur argent à la BCE, elles doivent désormais payer de l'argent au lieu d'en recevoir. Elles font de même avec leurs clients.

Cette politique de taux négatifs est-elle au moins efficace?

C'est très débattu. L'écrasement des taux d'intérêt a poussé les spéculateurs à ne plus parier sur l'éclatement de la zone euro. Le bas niveau des taux soutient l'activité dans le bâtiment. Le crédit recommence à progresser dans la zone euro après des années de recul. Tout ça va dans le bon sens. Mais on commence à voir les effets négatifs des taux négatifs. Comme les effets secondaires d’un médicament. D'abord les banques souffrent. Or pour financer l'économie, mieux vaut avoir des banques en forme. Ensuite, les épargnants sont à la peine. Comme leurs revenus baissent, ils peuvent être tentés de mettre davantage d'argent de côté pour préserver le futur. Ils risquent donc de moins consommer, ce qui pèserait sur la croissance. Le monde des taux d'intérêts négatifs est loin d'avoir trouvé son point d'équilibre.

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