Selon Matteo Salvini, le ministre italien de l’Intérieur, l’Europe et sa rigueur budgétaire seraient responsables de l’effondrement du pont de Gênes

Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, répond aux journalistes alors qu’il visite le pont autoroutier de Morandi le lendemain de l'effondrement d'une section à Gênes le 15 août 2018.
Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, répond aux journalistes alors qu’il visite le pont autoroutier de Morandi le lendemain de l'effondrement d'une section à Gênes le 15 août 2018. © AFP / Andrea Leoni

C’est une déclaration politique et non un raisonnement économique.

Rappelons que Salvini n’est pas seulement un ministre : c’est aussi l’homme fort de la Ligue, le parti d’extrême-droite arrivé au pouvoir en formant une coalition avec le Mouvement Cinq Etoiles. Je voudrais maintenant démonter son argument en trois temps : l’histoire, l’entreprise et la politique.

Commençons par l’histoire

Ce pont a été construit en 1967, bien avant que l’on parle de rigueur budgétaire européenne.

Il faudra avoir les résultats de l’enquête technique pour savoir pourquoi il s’est effondré. Mais il y a deux suspects sérieux.

D’abord la conception. Un bout d’un autre pont construit au Venezuela par le même ingénieur, avec la même technique, s’est d’ailleurs déjà effondré.

Ensuite la malfaçon. Ce pont était fissuré et sans cesse réparé. Ce qui fait penser à une éventuelle corruption, fréquente à la fois dans le BTP et en Italie. Si vous en doutez, regardez le film « Main basse sur la ville », sorti en 1963.

Ensuite, l’entreprise

Eh oui, le pont n’était plus dans le domaine public. Il faisait partie d’une autoroute exploitée par l’opérateur privé Autostrade per l’Italia, dont Salvini réclame la révocation de la concession.

C’est donc une entreprise qui était responsable du pont et de son entretien.

Il paraît logique et souhaitable que sa responsabilité soit engagée. L’amende de 150 millions d’euros évoquée par Rome paraît faible.

Mais si c’est une entreprise qui est en cause, ce n’est pas un État contraint par Bruxelles.

La politique enfin…

Une nouvelle autoroute avait été envisagée et vous savez quoi ? Le Mouvement Cinq Etoiles s’y était fortement opposé.

Même si Bruxelles a serré la vis à Rome, ce sont les politiques nationaux qui font les choix.

Mais pour un ministre, c’est évidemment plus facile d’accuser l'Europe et la rigueur que la politique et la corruption.

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