L'édito éco de Dominique Seux, des "Echos". ____Depuis ce matin, 714 millions d’électeurs indiens sont invités à se rendre aux urnes pour les plus grandes élections législatives du monde. Ces élections, qui dureront un mois et s’achèveront par la nomination d’un nouveau gouvernement, n’ont pas seulement un enjeu politique, il est aussi économique. Alors, disons le tout de suite, ces élections passeront assez inaperçues dans le reste du monde parce que l’Inde a un handicap, c’est la comparaison avec son grand voisin, la Chine. Une Chine qui peut se vanter de deux succès planétaires en moins d’un an : l’organisation des JO et un rôle vedette au G20 de Londres, le président chinois figurant à droite de Gordon Brown sur la photo officielle. En face, chacun voit que l’Inde, qui n’a eu qu’une maigre médaille d’or à ces mêmes JO, n’a pas du tout fait parler d’elle au G20. La Chine joue aussi le rôle d’atelier du monde et de banquier des Etats-Unis tandis que l’Inde recherche désespérément des financements, ce qui est d’ailleurs une de ses difficultés aujourd’hui. Et pourtant, l’économie indienne mérite qu’on s’y arrête. D’abord parce des entreprises indiennes sont connues en France, comme Arcelor-Mittal ou Tata, qui lance la voiture la moins chère du monde, la Nano. Et cette fois, l’avantage est plutôt à l’Inde parce que peu de Français peuvent citer de mémoire le nom d’une entreprise chinoise. Ensuite et surtout parce que ce pays, l’Inde, est paradoxal : il a à la fois bien émergé ces dernières années, mais il est encore un des pays émergents les moins développés. Pendant cinq ans, la croissance a été 9% en moyenne par an, propulsant le pays au dixième rang des puissances mondiales. Tout le monde connaît l’informatique de Bangalore, Hyderabad ou Bombay. La modernité progresse aussi dans les campagnes les plus reculées puisqu’en 2008, il s’est vendu plusieurs centaines de millions de téléphones portables. Mais en même temps, 450 millions de personnes vivent avec 1 dollar 25 par jour. Et ce pays est touché de plein fouet par la crise… Alors qu’il ne s’y attendait pas vraiment, pensant être à l’écart des flux internationaux. En fait, le pays a d’abord pris de plein fouet l’envol des prix des matières premières, ce qui a poussé l’inflation à plus de 12% l’été dernier. Et puis la crise financière a stoppé les investissements des pays occidentaux qui donnaient du carburant à l’économie. Le résultat, c’est que la croissance tournera autour de 4% à 6% seulement cette année, ce qui est risqué pour l’équilibre social, pour les plus pauvres et pour les classes moyennes qui ont vécu ces dernières années avec la promesse du miracle économique. Et le paysage ne sera probablement pas clarifié. Parce que la démocratie indienne, qui a l’immense vertu d’avoir résisté au terrorisme, aux violences ethniques et religieuses, consacre depuis 25 ans plus de temps à bâtir des coalitions complexes que des politiques de long terme. Par exemple, en période de crise, à des plans de relance. Cela veut-il dire que l’autoritarisme chinois est plus efficace que la démocratie indienne ? A long terme on veut croire que non ... mais à court terme, le constat est fait qu’en dépit de sa supériorité morale indéniable, l’Inde n’a pas encore pris dans l’économie mondiale la place que mérite un pays d'1,2 milliard d'habitants.

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