Six jours avant le premier tour, est-il temps que la campagne se termine ?

Oui, il est temps. Elle a commencé depuis trop longtemps, et elle use tout le monde. La campagne dite officielle anesthésie le débat en donnant le même poids à tous les candidats, ceux qui comptent comme ceux qui sortiront du paysage pour cinq ans. Et la campagne officieuse fait griller à chacun d’entre eux des dernières cartouches trop électorales : Nicolas Sarkozy qui veut revoir le statut de la Banque centrale européenne pour séduire les souverainistes, ce qui est l’inverse de tout ce qu’il a dit et fait ; François Hollande qui a rendu un hommage si appuyé aux syndicats qui l’ont soutenu qu’on attend de gros renvois d’ascenseur. Mais cette campagne doit s’achever aussi pour une autre raison : quelques comportements individuels suscitent - disons-le - une certaine gêne.

Question simple : à qui pensez-vous ?

J’ai écouté votre interview d’Anne Lauvergeon, l’ex-patronne d’Areva vendredi matin. Il est clair que sa présidence n’a pas été un lit de roses, et que sa bagarre avec Henri Proglio, le patron d’EDF, a été violente, qu’elle a même subie des attaques de bas étage. Mais il y a un malaise à l’entendre régler ses comptes et charger la barque dans un livre publié à huit jours du scrutin et qui est d’abord une lettre de motivation envoyée à François Hollande. Contrairement à ce qu’elle veut faire croire, elle n’a pas été « virée » par Nicolas Sarkozy, elle a fini son mandat qui au total aura duré dix ans. Elle dénonce un système de clan, de bande et de prébende mais ne veut pas en dire plus pour ne pas être attaquée pour diffamation et n’a pas démissionné pour protester. Elle a raison de tacler le pouvoir sur ses flottements industriels, mais son bilan de gestionnaire est contesté aussi. Bref, ce n’est pas très glorieux.

Ce n’est pas la seule...

Je vais me faire des ennemis ce matin. L’attitude d’une autre personnalité brillante suscite la même gêne : Jacques Attali. Mardi soir, sur France 2, sans être présenté comme soutien de François Hollande, il a fustigé l’héritage catastrophique du quinquennat sur la dette. Il y a un mois il publiait un article assassin sur Nicolas Sarkozy qui (je cite) « ne laissera que du vent ». Mais le même se félicitait il y a un an que le gouvernement ait retenu l’essentiel des mesures proposées par la Commission pour la libération de la croissance que lui avait confié Nicolas Sarkozy. Vent ou pas vent, Il faut choisir ! Evidemment, Jacques Attali, qui est à tu et à toi avec le chef de l’Etat peut juger très durement le fond du bilan, mais la forme et le moment laissent une impression vaguement bizarre.

Ils ne sont pas les seuls et rien de nouveau sous le soleil... Non, après le 6 mai si François Hollande est élu, le nombre de ses admirateurs aujourd’hui UMP va augmenter ! Mais on peut noter que deux autres proches du PS, Jean-Pierre Jouyet et Martin Hirsch, qui ont travaillé eux aussi un moment avec Sarkozy avant de le quitter, ont l’élégance d’être plus mesurés.

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