Pierre Gattaz, le patron du Medef, a relancé hier la polémique sur le smic : il est partisan d’une dérogation transitoire pour certaines personnes très éloignées de l’emploi. Est-ce un bon débat ?

Vous avez raison de rappeler la proposition précise de Pierre Gattaz, assez éloignée de la caricature que l’on entend depuis hier dans les réactions. Ce qu’il a évoqué, c’est un niveau de salaire qui serait en dessous du smic pendant un an pour favoriser l’entrée en entreprise des personnes qui n’arrivent vraiment pas à trouver un emploi. Et évidemment, on pense à certains jeunes, mais pas seulement. Au-delà de cette précision, on le sait, ce débat sur le Smic est insoluble depuis longtemps...

Parce qu’il y a deux approches irréconciliables...

Exactement. D’un côté, l’entreprise, souvent une petite entreprise, un artisan, dit : pour un salarié au smic, je dépense 2.000 euros par mois, avec le salaire, les cotisations patronales, un bureau et du matériel. Ce n’est pas rien. Est-ce que je suis sûr et certain, s’interroge-t-il qu’un jeune qui démarre, qu’une personne peu qualifiée, me rapportera 2.000 euros et un peu plus de chiffre d’affaires par mois ? Voilà la question triviale, concrète, que se posent les entreprises – qu’on ne peut pas de bonne foi balayer d’un revers de la main. Mais de l’autre côté, vous avez une réalité tout aussi concrète. Un salarié au smic perçoit 1.130 euros par mois nets sur son compte en banque. Il est très difficile, voire impossible, de vivre avec ça, de se loger avec ça, surtout avec un seul revenu dans un foyer, surtout avec des enfants, surtout en ville, surtout en région parisienne.

En réalité, la nouveauté n’est pas Pierre Gattaz, mais ce que disent des économistes de gauche.

Pascal Lamy, ancien directeur de cabinet de Jacques Delors, de gauche, vient d’écrire un livre où il défend l’idée de « jobs » payés en dessous du smic pour les jeunes. Trois économistes de gauche, qui ont été reçus hier par François Hollande, Philippe Aghion, Elie Cohen, Gilbert Cette, brisent aussi ce tabou. Ils en ont parlé avec le président hier. Alors sont-ils des sociaux-traîtres ? Ils constatent que le Smic est plus élevé en France que dans la plupart des pays, qu’il est bizarre qu’il soit le même à Paris et en Corrèze et le même pour un jeune de 19 ans vivant chez ses parents et un salarié de 50 ans. Au moins parlons-en, supplient-ils.

Et j’imagine que vous pensez qu’ils ont raison ?

Oui mais pas dans n’importe quelle condition. Vous savez quelle a été la réaction la plus virulente hier ? Celle de Laurence Parisot, celle qui présidait le Medef avant Gattaz et qui déteste Gattaz, « c’est de l’esclavagisme », a-t-elle lancé sur Twitter. Intuitivement, on a envie d’être d’accord mais tous les jeunes européens qui gagnent moins que le smic français sont des esclaves ? Et ça ne fait pas avancer le schmilblick ! En fait, il y a deux sujets derrière tout cela. Un : on se lamente tous les jours du taux de chômage des jeunes, mais quels sont les solutions ? Deux : ce serait invraisemblable et indécent d’ouvrir un quelconque débat sur le smic sans qu’en parallèle une baisse des prix de l’immobilier soit rendue possible. Bref, pas de réforme du smic sans réforme du logement.

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