La commission de Bruxelles a ouvert hier le procès de Google. Le moteur de recherche est accusé de profiter de sa position ultra-dominante.

Oui, et Bruxelles a globalement raison. Mais cela ne dispense pas l’Europe de regarder la pierre qui est dans son jardin. Cette charge anti-Google, qui peut déboucher sur une amende en milliards d’euros, c’est la marque du nouvel état d’esprit politique de l’Europe vis-à-vis des champions américains du numérique - Amazon, Facebook etc. En gros, l’Europe dit ça suffit. C’est compliqué parce que c’est toujours la même question : comment la loi peut-elle rattraper l’économie, tellement plus mobile. Comment faire payer des impôts à ces géants de l’immatériel ; comment éviter les monopoles qui écrasent tout et la concurrence ? Si cela a été long, c’est que tout marche cul par-dessus tête. Normalement, un monopole fait monter les prix ; là, le numérique fait baisser les prix !

Que reproche exactement Bruxelles à Google ?

Soyons concret. Quand, sur Google, vous cherchez à acheter un produit ou un service, vous avez de bonnes chances que le premier site le moteur vous propose soit Google shoping. Et non pas les sites concurrents. Ce n’est pas parce Google shoping est meilleur, pense Bruxelles, mais tout simplement parce que l’algorithme est construit pour le favoriser. Et ce serait la même chose pour les comparateurs de voyage, Google flight par exemple, les services d’hôtellerie, les cartes.

Le procès est-il fondé ?

La réponse est compliquée. Google, vous, moi, tout le monde aime. Parce que ce moteur est excellent. Clairement, il a une position dominante, 90% de la recherche en Europe. Mais y-a-t-il un abus de position dominante ? Google dit : personne ne vous oblige à utiliser Google. C’est vrai. Mais on peut rétorquer. Quand Google maps vous sort tous les plans et cartes que vous souhaitez dès que vous tapez une adresse, il n’y a plus beaucoup de place pour Mappy ou Viamichelin. Et les sites recommandés sont-ils ceux qui achètent le plus de publicité à Google ? Vaste question ! Google a 10 semaines pour répondre.

Y-a-t-il des précédents ?

Il y en a un, c’est l’amende énorme que Bruxelles avait imposé à Microsoft, qui imposait son logiciel Windows dans pratiquement tous les ordinateurs. Mais dans le cas Google, cela fait quatre ans que la Commission européenne se prépare. Elle a longtemps cru qu’elle trouverait un accord à l’amiable mais échec.

Est-ce que l’Europe s’y prend bien ?

Alors, il faut reconnaître que l’Europe est faux-cul. La véritable réponse qu’elle pourrait avoir, c’est qu’il y ait des concurrents à Google. Le problème est qu’il n’y en a pas, même pas un challenger. Yahoo, Altavista sont morts, Bing est petit, et si une start-up avait une idée de génie, Google l’achèterait. Je signale juste l’existence du moteur français Qwant, qui est pas mal du tout. Bref, on aimerait que l’Europe soit moins dans la répression et davantage dans l’action dans le numérique.

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