L'heure n'est pas à l'angle économique mais il faut souligner combien ce monument est un paradoxe économique : son accès est pour l'essentiel gratuit et le coût de sa réfection est en partie pris en charge par des dons privés.

J’ai rédigé cette chronique en regardant des images de trois vitraux qui sont parmi les plus beaux du monde, les Rosaces ouest, nord et sud élevées entre 1225 et 1250 et je peux vous assurer que je ne pensais pas beaucoup à l’économie en attendant de savoir dans quel état ils sont - et ils semblent avoir échappé au pire. 

Mais soit, allons-y sur l’économie. La caractéristique de Notre-Dame est que c’est le monument le plus visité de Paris, et parait-il d’Europe -14 millions de visiteurs par an - et que c’est un monument pour l’essentiel gratuit (seules les tours sont payantes). Là où la Tour Eiffel, l’autre symbole de Paris, génère un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros par an, les recettes de Notre-Dame sont dérisoires. Les catholiques ont toujours refusé de transformer une cathédrale en un lieu payant et donc sélectif. Dans ce monde très marchand, il y a quelque chose de rare dans ce choix. 

La deuxième remarque est que ce genre de catastrophe, par sa profondeur historique, rend vaguement dérisoire tout ce dont nous parlions encore avec passion hier et dont nous reparlerons dès demain, les annonces d’Emmanuel Macron, fiscales, sociales et institutionnelles. 

Du haut de ces tours, 800 ans nous contemplent. Il n’y a pas d’un côté l’essentiel et de l’autre l’accessoire, mais l’épaisseur n’est pas la même et nous touchons à ce qui se transmet de génération en génération, et aussi à la force de la nature (du feu) - et on voit bien que l’économie c’est plutôt le temps court. 

Enfin, quand on regarde les budgets consacrés aux travaux de Notre-Dame, comme je l’ai fait, on ne peut être que frappé par la difficulté avec laquelle sont péniblement ramassés quelques petits millions d’euros, quelques dizaines de millions -60 millions sur dix ans- quand personne ne s’y intéresse vraiment et qu’il n’y a aucune pression, et la facilité avec laquelle sont trouvés en quelques jours parfois des milliards parce que la politique est passée par là. L'Etat dépense beaucoup d'argent pour le patrimoine (la réfection du Grand Palais coûte par exemple près de 500 millions d'euros) mais c'est le débat classique entre l'Etat-investisseur (qui est à la peine) et l'Etat des dépenses courantes et sociales (qui se déploie toujours plus).

L’argent va-t-il affluer pour reconstruire ?

Il faudra d’abord trouver les responsables du drame. Il y en a. Mais oui, l'argent va affluer, de France et du monde entier, les dons vont être considérables -François et Henri Pinault-Kering a annoncé un don de 100 millions d'euros, suivi quelques heures plus tard par Bernard Arnault-LVMH qui a mis sur la table 200 millions. Le coût des travaux est inconnu, mais ira sans doute au-delà ...

Pourquoi l'argent va-t-il affluer ? Parce que Notre-Dame est le cœur de Paris, des chrétiens mais aussi parce que cette cathédrale nous ressemble, elle est à la fois terriblement cartésienne (rangée, ordonnée) et terriblement fantasque, avec ses couches historiques de bric et de broc. Au fond, elle est à notre image.  

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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